Véronique Olmi : une éducation catholique
Véronique Olmi : une éducation catholique
Que reste-t-il dans la mémoire et le cœur d’une adulte imprégnée durant son enfance, dans les années 60-70, par les codes et valeurs de L’Église et d’une famille catholique traditionnelle ? Témoignage de Véronique Olmi.
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Une Enfance catholique, petit livred’une centaine de pages illustré de quelques photos-souvenirs émouvantes de Véronique Olmi, interpellera tous ceux qui ont reçu, enfants, une éducation très traditionnelle, à la fois enseignée au catéchisme par l’Église catholique et adoptée par leurs parents. Cela se passait ainsi plus particulièrement dans les années après la guerre 1940-45 et même, c’est peut-être plus surprenant, ici et là encore dans les années 1970.
CRAINTE DE L’ENFER
L’auteure, écrivaine et dramaturge française connue par un large public pour des romans comme Bord de Mer ou Bakhita, estnée en 1962 à Nice. Elle évoque ses souvenirs, les idées et croyances enseignées les plus marquantes telles qu’une enfant les recevait et les comprenait dans sa famille nombreuse de quatre enfants. Elle a ainsi été impressionnée par la représentation d’un Dieu, sévère et exigeant. L’insistance sur les péchés était importante, la crainte de l’enfer profondément ressentie, la place du baptême centrale sans lequel on ne pourrait accéder au paradis. « Je savais, écrit-elle, que Dieu aimait le sacrifice, le repentir, la souffrance, l’humilité, le respect, l’adoration, la contrition, la génuflexion, la supplication, la mortification. »Elle est particulièrement critique à l’égard de la théologie du péché originel tel qu’enseigné alors selon lequel les humains seraient tous coupables et auraient besoin d’être “rachetés”. Il y avait aussi les péchés de la “chair” qui ont pris une place importante dans une éducation dont elle s’est libérée plus tard. À côté de la figure paternelle et sévère de Dieu, elle était attirée par la personne de Jésus : « J’aimais qui il était, ses harangues, ses colères, le partage du pain, la Samaritaine, ses doigts qui écrivent sur la terre… »
Elle explique en mots simples comment elle a adopté cet enseignement contraignant et parfois consolant. À l’adolescence, elle prend du recul et se libère des prescriptions répressives de l’élan vital. Sa critique sévère et justifiée est convaincante. Elle connait alors une révélation en découvrant des livres majeurs de la grande littérature. La lecture de Dostoïevski est pour elle décisive, un véritable sauvetage. Elle comprend que la vérité n’est pas cantonnée dans le dogme, mais est nuance, ambiguïté. « La littérature de l’auteur russe m’a appris que les pulsions du bien et du mal cohabitent en chacun de nous au même moment… Chaque homme abrite un monstre, peut choisir de le combattre. C’est le chemin embroussaillé de toute une vie. »
RECHERCHE PERSONNELLE
La libération viendra lors de la représentation en 1970 du spectacle Godspell à Aix-en-Provence. « Là, se souvient-elle, Jésus et ses disciples disent, chantent la vie qui surgit dans la gaieté, l’engagement, l’affrontement, le débordement. Jésus est celui qui proteste, n’obéit pas à la loi, n’est jamais prudent, aime les exclus. Pour autant, il n’est pas rassurant. Il n’est pas un médicament, un confort… »
Elle découvre aussi que la sexualité n’est pas un péché mortel et aujourd’hui, à la soixantaine, elle continue à ressentir un besoin de sacré, d’une transcendance qui ne dit pas son nom, mais est signe de vie. Elle l’a particulièrement éprouvé lors d’un passage à l’abbaye de Tamié en Savoie. « Je ne sais pas de quoi sont faits ce mystère, cette joie intime, cet élan spirituel hors des dogmes, mais faut-il chercher à comprendre ? Cette recherche est aventureuse mais surtout très personnelle. Il faut s’arranger seule avec cette chose instable et intransmissible que l’on appelle la foi et qui est sans affirmation ni certitude, une révélation fugace, une illumination, un doute, une solitude, une libération surtout. »
Véronique OLMI, Une enfance catholique, Paris, Seuil, 2025.
Gérald HAYOIS
