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Edito

Le pape, la loi, les hommes.

Un pape n’est pas un surhomme. Habemus papam, le film de Nanni Moretti que L’appel avait présenté en avant-première à ses lecteurs à l’automne 2011, l’affirmait déjà, évoquant les hésitations de celui qui est élu pour succéder à saint Pierre. La démission surprise du pape Benoît XVI le démontre de manière réelle, à l’autre bout de la chaîne : celui du moment où les forces quittent l’homme et que s’annonce doucement la fin d’une vie.
Le choix de Benoît XVI confirme que, officiellement hormis sur des questions de dogme, le pape est bien « un homme comme les autres ». Sa décision fait preuve d’une modernité à peine pensable de la part d’un chef qui n’a pas souvent choisi de s’adap- ter aux évolutions de la société.
La soudaineté de l’événement ne nous permet pas d’y revenir longuement. Nous aborderons plus tard en profondeur ce qu’on peut espérer de son successeur.
Le temps d’un changement est en effet urgent à un moment où les interventions de plus en plus fréquentes des responsables de l’Église dans le débat public, notamment dans les questions relatives à la morale, posent de vraies questions.
Depuis le concile Vatican II, la liberté de conscience de chacun semblait un fait acquis et le temps où l’Église entendait imposer aux autres des règles ou des comportements découlant des prises de position du Magistère semblait révolu.
Les événements vécus récemment, en France notamment, ont démontré que les autorités de l’Église remettaient désormais cette autonomie en cause.
Or, il n’est un secret pour personne qu’au sein même du monde catholique, tous les croyants ne serrent pas les rangs de manière unanime autour de la parole romaine. S’il existe des chrétiens prêts à suivre les injonctions officielles, nombreux sont ceux qui ont adopté une attitude plus ouverte et plus libérale. Ces derniers considèrent que les situations vécues doivent primer sur les règles établies par l’Autorité, et que ce n’est pas la loi mais l’homme qui doit être le point de référence de celui qui se dit disciple du Christ. L’appel, qui est soucieux de favoriser la parole libre, qui entend être à l’écoute du monde et qui cherche à relayer le message de l’Évangile dans l’actualité, ne peut qu’être sensible à cette distorsion de plus en plus flagrante entre l’Institution et le monde qui l’entoure. Ce retour des étendards et cette volonté de bâtir des barricades face aux évolutions de la société civile risquent de renforcer les clivages et de dissocier encore davantage le monde des chrétiens de l’ensemble de la société, au lieu d’encourager le dialogue, la rencontre, la compréhension de l’autre sur base de l’échange et de la reconnaissance. Fin de ce mois, Pâques nous arrive et nous aurons sans doute un nouveau pape. Tout au long de sa vie, Jésus n’a jamais brandi de glaive, contesté les lois de l’État ou tenté d’imposer son point de vue. Il a dialogué, écouté, fui les foules. Dans quelques jours, nous commémorerons sa victoire sur la mort.
Peut-on rêver que cette résurrection puisse aussi toucher le nouveau pape et son Église, dans le rapport qu’ils entretiendront avec le monde et la société ?

Mot(s)-clé(s) : L’édito
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