Éric-Emmanuel Schmitt renouvelé par Jérusalem
Éric-Emmanuel Schmitt renouvelé par Jérusalem
Dans la basilique du Saint-Sépulcre, où il participe à un pèlerinage, Éric-Emmanuel Schmitt fait une nouvelle expérience mystique qui transfigure pour toujours l’homme et le croyant qu’il est.
Publié le
· Mis à jour le
À la demande du Vatican, Éric-Emmanuel Schmitt se rend en pèlerinage en Terre sainte : « Vous visiteriez les lieux, feriez des rencontres, et peut-être reviendriez-vous avec un livre, le journal de votre voyage. Qu’en pensez-vous ? » Au début, l’écrivain n’en pense pas grand-chose. À quoi bon partir ? À quoi bon parcourir les prétendus lieux saints qui sont plus mémoriels qu’historiques ? Que pourrait-il trouver là-bas qu’il n’a déjà trouvé dans la lecture des Évangiles ? Et pourtant, une envie irrésistible le pousse à accepter ce « défi de Jérusalem ».
AU COEUR DE L’ORDINAIRE
De sa plume ciselée et d’un style clair et pur, il revient sur son parcours spirituel. Lui qui est né athée dans une famille matérialiste, il ne voyait de Dieu que son absence et n’entendait que ses silences. Ses études de philosophie ont en effet nourri sa spiritualité à la philosophie des Lumières et à l’athéisme de Diderot. Et puis, à vingt-huit ans, en février 1989, il se retrouve à Tamanrasset, aux portes du désert. « J’entrai dans le Sahara athée, j’en ressorti croyant. » C’est en effet là qu’il connaîtra sa première expérience mystique, à l’instar du philosophe Pascal. Il raconte cette bouleversante expérience dans La nuit de feu. Si cette extase le met en présence de Dieu, le remplit de sens et lui donne la foi, ce Dieu n’a pas encore de nom, d’identité, c’est une puissance, un absolu. Le voilà croyant, mais pas chrétien. Ce n’est que plus tard, à Paris, lorsqu’il lit en une nuit les quatre évangiles qu’il reconnaît dans le Dieu de Jésus, celui qu’il avait rencontré au désert : un Dieu d’amour.
Bethléem, un village banal, traversé par des mobylettes pétaradantes et des cars de touristes, offre un visage d’une banalité affligeante. Le pèlerin en retire une première leçon : « L’unique berceau de l’extraordinaire est l’ordinaire. » Très vite la question de la vérité historique des lieux visités est évacuée. « Pas de fétichisme ! Ce qui importe, ce n’est pas que l’emplacement soit ou pas le bon pour célébrer l’événement, c’est la méditation qu’il propose. »
Dans les différents lieux qu’il découvre en groupe, Éric-Emmanuel Schmitt réécrit les Évangiles, et même le Chemin de croix, avec ses mots de romancier, pour les rendre plus vivants, pour les traduire dans un langage qui peut parler au cœur de chacun. On ne respecte l’Évangile « qu’en l’interrogeant, qu’en le critiquant. Il appelle à une lecture active, voire à une reformulation. Oui, la force de l’Évangile découle de ce qu’il n’est pas un texte, mais le support d’un texte qui s’écrit toujours ».
UNE FOI INCARNÉE
Au sépulcre du Christ, il est désemparé. La foule s’y presse, les objets rococo et vains surchargent les lieux, les moines gèrent sans ménagement la fluidité de la circulation au pied de l’autel où s’agenouillent les fidèles qui veulent toucher l’endroit où a été plantée la croix. Ce spectacle qui ressemble à une mascarade le révulse. Et pourtant, c’est dans cette ambiance survoltée qu’il va vivre une nouvelle expérience où il se sent transpercé par une présence bienveillante. Lui qui était toujours resté insensible aux offices religieux, aux rites auxquels il ne comprenait pas grand-chose, il va néanmoins découvrir, là où tout a commencé, combien l’eucharistie peut avoir du sens pour lui.
Il faut lire ce livre pour savourer avec quels mots l’auteur raconte l’indicible. Il saute d’un christianisme spirituel à un christianisme incarné. Sa foi gagne cinq sens. « C’est la première fois que je me sens autant aimé. Et autant disposé à aimer. »
Jean BAUWIN
Éric-Emmanuel SCHMITT, Le défi de Jérusalem, Paris, Albin Michel, 2023.
