Bouddhisme : le « non-soi » et l’impermanence

Bouddhisme : le « non-soi » et l’impermanence

Le “non-soi” est la prise de conscience que l’existence de tout objet, tout phénomène, est conditionnée par l’interconnexion d’autres phénomènes. Pour former une bactérie, il faut des molécules particulières et un arrangement particulier de ces molécules ; pour qu’une bactérie vive, il faut un environnement permettant l’alimentation de cette bactérie ; pour que la bactérie se reproduise,…

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Publié le

26 avril 2026

· Mis à jour le

26 avril 2026
Photo du chroniqueur Pierre Verjans

Le “non-soi” est la prise de conscience que l’existence de tout objet, tout phénomène, est conditionnée par l’interconnexion d’autres phénomènes. Pour former une bactérie, il faut des molécules particulières et un arrangement particulier de ces molécules ; pour qu’une bactérie vive, il faut un environnement permettant l’alimentation de cette bactérie ; pour que la bactérie se reproduise, il faut également des conditions extérieures et intérieures. L’humain qui médite n’existe donc pas indépendamment de l’extérieur ; il est constitué d’eau, de matières digérées et assimilées par l’organisme pour faire partie du corps sans cesse renouvelé. Les pensées sont le plus souvent issues de la langue, de la classe sociale, de la nation dans laquelle l’humain a été élevé, soit parce qu’il les a adoptées telles quelles, soit parce qu’il a grappillé d’autres manières de penser contre son milieu ailleurs et rarement ex nihilo

RELIANCE AU MONDE

Ce que Thich Nhat Hanh (1926-2022) appelle l’« inter-être », c’est le “non-soi”, le principe suivant lequel tout phénomène est conditionné par d’autres, qu’un phénomène est un croisement particulier de réalités existant en dehors et indépendamment de ce phénomène. “Non-soi”, parfois traduit de manière simpliste par “vide”, signifie que nous sommes reliés au monde par notre corps et notre esprit, que nos conditions de vie, nos angoisses, nos espérances sont reliées à celles des autres proches ou lointains. La prise de conscience du “non-soi”, peut devenir une occasion de prise de conscience de la plénitude de notre reliance au monde, de la continuité de notre commune humanité, de notre commune animalité, de notre commune minéralité.

L’impermanence, c’est le fait qu’aucun phénomène n’est définitif, éternel, c’est la reconnaissance du changement incessant. L’impermanence, pour un humain qui médite, c’est la prise de conscience de sa mort, de sa naissance, du court espace qui les sépare et la plénitude de l’acceptation de notre condition temporaire, changeante. Nous nous transformons sans cesse, nos respirations éjectent le carbone utilisé et injectent de l’oxygène, nos cellules périssent et sont remplacées, nous grandissons puis vieillissons. La prise de conscience de l’impermanence, c’est la même prise de conscience que celle de l’inter-être, mais dans le temps cette fois-ci. Le travail de méditation consiste à prendre conscience de ce qui a changé en nous, de ce qui change, de ce qui fait que notre être se modifie.

COMMUNAUTÉ DE DESTIN

La méditation sur notre inter-être et sur notre impermanence nous permet d’accepter la réalité telle qu’elle est, de ne pas tenter de retenir le temps qui est passé, d’accepter ce qui va arriver, de nous laisser surprendre par les modifications sans les regretter ni les souhaiter. Bien entendu, comme dans les autres philosophies, cela n’implique pas de se soumettre aux inégalités ni de regarder les autres avec indifférence. La compassion et la bienveillance nées de la prise de conscience de notre communauté de destin sont également au cœur de la philosophie bouddhiste. Chez Thich Nhat Hanh, cela s’est traduit par la création, au cœur de la guerre du Vietnam, d’une association du service social venant en aide aux victimes de la guerre, quelles que soient les troupes qui ont causé du dommage. Aux États-Unis, avec Martin Luther King, cela s’est traduit par une commune lutte non violente pour la reconnaissance des droits civiques aux Afro-Américains. Et cela continue au Village des Pruniers qu’il a créé dans le sud de la France. Méditer sur l’inter-être et l’impermanence est une autre manière de voir la vie à travers la mort et l’espoir à travers les souffrances et les tortures. 

Pierre VERJANS, Administrateur de l’Union Bouddhiste de Belgique

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