Le technofascisme : un futur peu désirable

Le technofascisme : un futur peu désirable

Défendu aux États-Unis par les géants de la technologie et du numérique, ce mouvement autoritaire, élitiste, raciste et profondément antidémocratique veut transformer l’État en une gigantesque entreprise. Plusieurs essais viennent le décrypter.

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Publié le

26 avril 2026

· Mis à jour le

27 avril 2026
Elon Musk une tronçonneuse à la main
© Wikipedia

La démocratie, et globalement le modèle occidental sont-ils en sursis ? La question peut sembler exagérée, même si on voit de plus en plus s’imposer ci et là des régimes populistes et autoritaires. Avec un reflux toujours possible, comme on a pu récemment le constater en Hongrie. Ce n’est pourtant pas ce type de dérive illibérale qui soulève cette inquiétude, mais un phénomène beaucoup plus insidieux, et peut-être plus dangereux car il s’attaque à la démocratie en tant que telle : le “technofascisme”, né dans la Silicon Valley chez les milliardaires de la tech (les grandes entreprises des nouvelles technologies) rêvant d’une société tyrannique, blanche, raciste et profondément inégalitaire. Peter Thiel, fondateur du système de paiement électronique Pay Pal et de Palantir, une firme de surveillance de données, a d’ailleurs affirmé que, à ses yeux, la liberté et la démocratie sont incompatibles. 

TISSU D’ENTREPRISES

Contrairement au fascisme “traditionnel”, le technofascisme est un projet élitiste qui ne cherche ni à séduire les masses, ni à les convaincre, mais à les dominer. Sans être incarné par un parti ou un État, mais « par un tissu d’entreprises qui se donnent pour mission de parasiter la société, d’en gangréner de l’intérieur les institutions et les communautés », analyse le chercheur franco-américain Norman Ajari dans un essai à ce sujet. Alors que le néolibéralisme veut réduire la présence de l’État, cette pensée néoréactionnaire entend, elle, le supprimer pour le transformer en une gigantesque entreprise. Avec l’ambition « de prendre les gouvernements et de s’y substituer plutôt que de pactiser avec eux ». Tout en remplaçant les institutions par des intelligences artificielles (IA). Ces mégacorporations « seront capables de prendre en charge toutes les corvées autrefois dévolues à l’État, mais en se soustrayant aux aléas du contrôle démocratique, à ceux de la concurrence de marché et en embrassant une logique de profit absolument purifiée de toute notion de bien public ou d’intérêt supérieur de la nation ». 

Comme l’écrivent de leur côté Nastasia Hadjadji et Olivier Tesquet dans Apocalypse Nerds, « la souveraineté n’est plus incarnée par un État, mais déléguée à des plateformes ou des réseaux contractuels organisés en Networks States », des États-réseaux qui puisent en eux-mêmes leur propre légitimité et où le réseau devient plus puissant que la nation. L’État providence disparaît alors au profit d’une mosaïque de souverainetés autoritaires privées. Pour arriver à leurs fins, les technofascistes procèdent discrètement : au putsch, ils « préfèrent le coup d’État graduel, une sorte d’administration du basculement sans recours à la force ». Leur stratégie « vise à infiltrer progressivement, et de manière quasiment imperceptible, les institutions démocratiques existantes pour paralyser leur fonctionnement et saper leur crédibilité ».

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