« L’étrangère », le prix des empreintes

« L’étrangère », le prix des empreintes

L’étrangère de Gaya Jiji est un drame puissant retraçant l’itinéraire semé d’embûches d’une émigrée arrivée en France et le dilemme intime qui mine son désir de liberté.

Publié le

5 juin 2026

· Mis à jour le

5 juin 2026
Un homme et une femme qui se tiennent l'un l'autre le visage
© Valentina Tandem Films

Selma n’a plus de nouvelles de son mari, disparu depuis cinq ans dans les geôles du régime syrien. Elle ne sait pas s’il vit toujours et elle n’est même plus sûre de vouloir l’espérer. Elle a laissé derrière elle un fils, Rami, âgé de six ans, qu’elle a confié aux bons soins de sa propre mère, puis a pris le chemin de l’exil. Elle affronte seule la peur, les périls de la mer et les dangers de la route. Elle traverse à pied la Grèce, la Macédoine et la Serbie, avant de se faire arrêter en Hongrie. Elle connaît la procédure de Dublin et elle sait que si elle donne ses empreintes digitales dans ce pays et y enregistre sa demande de réfugiée, elle ne pourra plus s’installer ailleurs. Or, son projet est d’aller vivre à Bordeaux où des amis de la famille peuvent l’héberger. Elle refuse donc d’obéir à l’agent qui lui prend alors de force ses empreintes et, avec elles, son droit de choisir sa destination, la France.

Quelque temps plus tard, on retrouve Selma clandestinement à Bordeaux. Elle travaille au noir dans un restaurant où l’on exige d’elle qu’elle n’attire pas l’attention des clients. Et parce que chaque euro compte, elle fait aussi le ménage dans une entreprise, en dehors des heures de bureau. Hébergée par une famille syrienne, elle étouffe sous une sollicitude trop pressante. Elle rêve d’un espace à elle, d’une porte qu’elle pourrait fermer, d’une vie qui lui appartienne. Mais, sans papiers, aucune autonomie n’est possible. La liberté demeure pour elle une promesse suspendue.

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