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Edito

« Dieu me sauvera ».

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Au cours d’un office en public, Gerald Glenn, fondateur et évêque de la New Deliverance Evangelistic Church (Virginie, USA) affirmait ce 22 mars : « Je crois fermement que Dieu est plus grand que ce redoutable virus. » Il se disait alors fier de maintenir des réunions publiques, normalement interdites.
Le 11 avril, il mourait du covid-19.

Ce 14 avril, le pasteur chilien Mario Salfate a connu le même sort. Admis le 23 mars dans un hôpital de Santiago après avoir été testé positif, il présidait une semaine plus tôt un office religieux devant trois cents personnes. Au même moment à Bâton Rouge (Louisiane), Tony Spell, de la Life Tabernacle Church, était arrêté pour avoir organisé un service religieux pour mille trois cents fidèles. Le dimanche suivant, il remettait cela, leur disant : « La seule chose dont vous devez avoir peur, c’est de la peur elle-même.  »

En Ohio, un journaliste interroge une fidèle sortant d’une célébration. « Vous n’êtes pas inquiète de pouvoir infecter des personnes qui ne vont pas dans cette église ? » « Non, je suis couverte par le sang de Jésus !  », lui répond-t-elle. En Floride, le pasteur Rodney Howard-Browne déclare devant une église bondée : « Si vous ne pouvez pas vous sentir en sécurité ici, c’est que vous avez un sérieux problème.  »
À Brooklyn (New York), l’enterrement du rabbin Meir Rokeach, décédé du coronavirus, rassemble en pleine rue une foule de juifs hassidiques. « Arrête-toi ici, ennemi, le Sacré-Cœur est avec moi  », s’exclame mi-mars en conférence de presse le président du Mexique, en brandissant des amulettes...

La foi est-elle le meilleur vaccin et le meilleur remède contre le coronavirus ? Certains le croient, estimant que la parole de Dieu est le plus sûr moyen de triompher de ce mal. Et pas seulement à l’autre bout du monde. Comment comprendre autrement que l’Église évangélique de la Porte ouverte chrétienne n’ait pas réalisé que son grand rassemblement de Mulhouse risquait d’activer la pandémie ?

Secoué par les menaces dont il a été l’objet, l’organisateur du meeting de Mulhouse reconnaît que son Église avait fait de « l’évangile spectacle », alors «  qu’il faut tout simplement revenir à l’évangile tout court ».

À Vannes, en Bretagne, l’évêque Raymond Centène a dû rappeler que le virus ne s’arrêtait pas à la porte des églises, et que « prier pour la santé sans prendre de précautions pour empêcher la propagation de la maladie n’est pas de la foi mais du fidéisme ».

Ce même évêque raconte aussi dans le journal Ouest-France l’histoire de ce curé dont le village était menacé par une crue. Il avait choisi de ne pas quitter son église, affirmant : « Dieu me sauvera ». Lorsque l’eau atteint le premier étage, il refuse toujours l’aide des sauveteurs. « Dieu me sauvera, je le sais. » Même scénario quand l’eau frôle le clocher. La crue continuant, le curé se noie. Arrivé au Paradis, il interpelle son créateur : « J’ai passé ma vie à Te prier, à Te servir, toute ma vie T’a été dévouée, et Tu n’as rien fait pour me sauver !  » Et Dieu de répondre : « Mais si ! Je t’ai envoyé les pompiers trois fois, mais tu n’en as pas voulu. »

Il y a de l’espoir. La crise nous fera peut-être grandir... ■

Frédéric ANTOINE

Rédacteur en chef

Mot(s)-clé(s) : L’édito
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