Le soutien sans condition
Le soutien sans condition
Être un porteur de confiance, c’est offrir un espace où l’on peut tout tenter sans être immédiatement évalué.
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Combien d’auteurs qui n’écrivent pas, de peintres qui n’osent pas peindre, de musiciens qui laissent leur instrument prendre la poussière ? Combien d’artistes, professionnels ou amateurs, portent en eux une œuvre possible, mais retenue par la peur de ne pas être à la hauteur, de ne pas être légitimes, de ne pas être regardés avec bienveillance ? Ce doute n’est pas seulement intime : il est souvent le produit d’un environnement qui juge plus vite qu’il n’encourage, qui compare avant même d’avoir écouté.
Nous vivons dans un monde prompt à évaluer, à classer, à mesurer. Or, la création, comme toute aventure humaine, commence rarement sous le regard des foules. Elle naît dans la fragilité, l’hésitation, l’inachevé. Elle a besoin d’un espace où l’on peut tenter sans être immédiatement disqualifié.
LE COUP DE POUCE
À force de parler de performance, d’algorithmes et de visibilité, nous oublions que la plupart des grandes aventures créatives ont commencé dans un cercle restreint. Souvent grâce à une ou deux personnes qui ont soutenu sans condition, à un moment où rien n’était encore sûr. Sans ce regard de confiance, combien de voix seraient restées muettes ? Nous ne pouvons pas réparer seuls le monde que nous laisserons derrière nous, mais nous pouvons transmettre quelque chose de fondamental : la permission d’essayer, de douter, de croire en soi quand tout pousse au découragement. Devenir un porteur de confiance, voilà un engagement discret mais essentiel, compatible avec les valeurs humaines que beaucoup continuent de défendre. Loin des slogans et des injonctions moralisatrices, c’est un acte simple que nous devrions inscrire dans notre quotidien. Presque une responsabilité morale, à l’époque troublée que nous traversons.
Dans un monde bruyant, pressé, souvent cynique, la confiance est devenue une denrée rare. Et pourtant, elle est le terreau de toute création. Être porteur de confiance, c’est décider d’interrompre cette chaîne du soupçon et de la peur, refuser que le découragement soit la norme.
QUELQUES MOTS
Cela commence par des phrases simples, presque naïves, mais d’une puissance immense : « Tu peux le faire » « J’ai confiance en toi », « Tu en es capable ». Des mots que l’on sous-estime, mais qui peuvent marquer une vie entière. Combien d’entre nous se souviennent encore d’un professeur, d’un parent, d’un ami qui, à un moment décisif, a prononcé ces mots-là ? Et combien regrettent de ne pas les avoir entendus ? La création a besoin d’un climat. Elle ne naît pas seulement du talent ou du travail, mais aussi du regard posé sur soi par les autres. Lorsqu’une personne sent qu’on la pense capable, elle ose un pas de plus. Elle accepte l’imperfection, l’apprentissage, l’échec parfois. La confiance reçue devient alors une force intérieure, discrète mais durable.
Chacun d’entre nous a un rôle à jouer dans notre destin collectif. Certainement pas celui du moralisateur ou du distributeur de leçons, mais celui du passeur. Nous voyons chaque jour des illusions tomber, des crises se succéder. Nous savons que le monde est fragile, souvent injuste. C’est justement pour cela que la nouvelle génération a besoin de sentir que quelqu’un croit en elle. Elle hérite d’un monde abîmé qu’on lui demande déjà de réparer, sans encore lui donner les encouragements indispensables. Être porteur de confiance, finalement, est un choix quotidien. Un choix de parole, de regard, parfois de silence. Un choix humble, mais profondément humain. Et si c’était là l’un de nos plus beaux rôles ?
Josiane WOLFF. Auteure, conférencière.

