Françoise Lempereur défend la transmission du patrimoine immatériel
Françoise Lempereur défend la transmission du patrimoine immatériel
Ancienne journaliste, Françoise Lempereur est aujourd’hui une spécialiste du patrimoine immatériel reconnue internationalement. Elle ne le défend pas figé dans sa tradition, mais le souhaite au contraire vivant, métissé, en phase avec son époque. Authentique et porteur du sens transmis par les générations précédentes.
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— Quand on parle de patrimoine immatériel, de quoi parle-t-on exactement, par rapport au patrimoine bâti ?
— En 1972, l’UNESCO adopte la Convention concernant la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel, généralement appelée Convention du patrimoine mondial. Il s’agit du patrimoine bâti, des monuments et sites, patrimoine le plus connu du grand public, mis à l’honneur par exemple lors des Journées du Patrimoine. “Mondial”, cela veut dire que toute l’humanité s’engage à le protéger. Pour mes étudiants, je prends toujours l’exemple de la ville antique de Palmyre, en Syrie, qui a été démolie par Daesch, ou celui de Beyrouth, victime d’une terrible explosion le 4 août 2020. À chaque fois, des experts internationaux du patrimoine ont été mandatés par l’UNESCO pour l’analyse des dégâts et les projets de restauration. Hélas ! La guerre actuelle remet ceux-ci en question.
— Quand cette prise de conscience est-elle née ?
— Lorsque le site d’Abou Simbel, en Égypte, menaçait d’être noyé avec la construction du barrage d’Assouan. Le 8 mars 1960, l’UNESCO a alors appelé les contributeurs du monde entier à financer le déplacement des grands temples, ce qui coûtait très cher. Cette décision, suivie de la création d’une liste de monuments et de sites distingués comme ayant une valeur universelle exceptionnelle, est évidemment une avancée majeure pour l’Humanité. On notera toutefois que ce sont essentiellement les pays européens et d’Extrême-Orient qui en sont les bénéficiaires.
— Comment le reste du monde a-t-il réagi ?
— Suite à une intervention de la Bolivie, les pays du Sud ont réagi car, chez eux, il existe un énorme patrimoine immatériel de chants, de danses, d’artisanat, etc., non reconnu au plan international. Personne n’aide à garantir leur pérennité, contrairement à celle du Parthénon, du Colisée ou des pyramides de Gizeh. Or il est indispensable de les protéger, principalement contre une mainmise des sociétés commerciales. Comme cela s’est vu, par exemple, avec la lambada, un rythme de danse brésilien que des Français ont adapté à la chanson Llorando se fue du groupe de revival bolivien Las Kjarkas et qui, répandu dans le monde entier, a généré d’immenses profits pour ces Français.
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