Pour un autre rapport au divin

Pour un autre rapport au divin

La petite Diane, juste sept ans, un matin, au petit déjeuner, interpelle son grand-père : « Tu crois Dieu ? »  Une autre fillette, Rose, dix ans, provoque son papy : « Je ne crois pas en Dieu ! » Ces deux grands-pères (sans doute ne sont-ils pas les seuls) ne peuvent évidemment pas esquiver ces questions. Ils comprennent tous deux qu’il va leur…

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Publié le

26 février 2026

· Mis à jour le

26 février 2026
Couverture du livre "Dieu, une construction de l'esprit"

La petite Diane, juste sept ans, un matin, au petit déjeuner, interpelle son grand-père : « Tu crois Dieu ? »  Une autre fillette, Rose, dix ans, provoque son papy : « Je ne crois pas en Dieu ! » Ces deux grands-pères (sans doute ne sont-ils pas les seuls) ne peuvent évidemment pas esquiver ces questions. Ils comprennent tous deux qu’il va leur falloir revisiter les conceptions, les représentations, les convictions qui sommeillent en eux.

UN ÊTRE TOUT-PUISSANT

Voici le point de départ de la réflexion de Pierre-Marie Valmoras dans son nouveau livre, Dieu, une construction de l’esprit. Entre orthodoxie religieuse et athéisme. « Dieu reste, dans la conscience actuelle, cet être qui est placé au-dessus du monde et des hommes, un être tout-puissant, créateur de toute chose et juge ultime des vivants et des morts », observe-t-il. Traditionnellement, dans toutes les civilisations, l’homme a recours à Dieu ou aux dieux pour trouver une explication à des phénomènes ou des événements qui lui sont incompréhensibles pour se situer dans l’immensité angoissante de l’univers, à la recherche de repères pour donner un sens à la vie, pour affronter la difficile question de la mort. Dieu, donc, permettrait d’expliquer l’inexplicable.

« Pour nous qui sommes issus de la tradition judéo-chrétienne, poursuit l’auteur, la référence au livre de la Genèse (Berechit) s’impose de toute évidence. Le Dieu de la pensée juive n’est pas, comme dans la pensée grecque, le produit d’une réflexion philosophique dans laquelle les divinités et le cosmos sont étroitement liés. Le Dieu de la religion juive, repris par le christianisme, est conçu dans la foi en un dieu transcendant, tout puissant, créateur et juge, qui affirme sa distance par rapport au monde dans lequel l’homme a le sentiment que son existence dépend tout entière de lui. »

CONTEXTE HISTORIQUE

L’interprétation du Nouveau Testament a d’abord été faite en lien avec le Premier Testament imprégné de la pensée juive, au point qu’aujourd’hui, on est très loin des témoins qui ont accompagné Jésus. Ainsi, Armand Abécassis, exégète du Judaïsme et adepte du dialogue judéo-chrétien, prolonge : « Comme tous les textes, ceux des Évangiles doivent être analysés à la lumière du contexte historique dans lequel ils furent écrits. Jésus, comme ses disciples, était juif et est resté juif de sa naissance à sa mort. Il n’était pas chrétien et ignorait ce qu’on a appelé après sa mort le christianisme. Son enseignement et sa conduite sont restés fidèles à la Tradition juive. Il n’a pas voulu changer la loi, même d’un iota. Il connaissait l’hébreu et l’araméen et fréquentait les synagogues Il a été porté dans le sein d’une femme juive au sein de la communauté juive. »

Si on accepte l’idée que c’est à l’homme de révéler le divin en lui, contrairement à la conception traditionnelle des religions monothéistes, il convient d’envisager le catéchisme officiel catholique sous un autre regard. Tout se passe comme si, avec le temps, on n’avait plus regardé Jésus, mais l’Église comme étant Dieu incarné ici-bas. Le Christ n’est pas venu fonder une religion avec des dogmes, des règles, une hiérarchie. 

CREDO ET NOTRE PÈRE

Il en est de même pour le Credo de la messe dominicale, le Notre Père et la quasi-totalité des prières liturgiques. Les affirmations du Credo sont très éloignées de notre langage et de notre mode de pensée actuels. Le Credo est une acclamation de foi des premiers chrétiens sous l’influence de l’empereur Constantin pour affirmer leur unité, leur donner une identité. Le Notre Père, par ailleurs, doit être bien compris : il n’est, en effet, pas possible de le réciter si l’on accepte une lecture littérale. Pour Pierre Trigano, philosophe juif jungien, « ce texte a des implications dans tous les domaines de notre expérience d’être humain. Dans la version hébraïque, le Notre Père apparaît comme la forme condensée d’un manifeste révolutionnaire d’esprit non violent. Il nous permet de penser un engagement d’esprit communautaire de nos vies individuelles dans et pour l’humanité au nom du Dieu d’amour. »

Le message original de Jésus est toujours d’une grande actualité. On peut penser le rapport de l’homme au divin autrement que l’enseignent traditionnellement les religions chrétiennes, particulièrement sur leur mode intégriste ou fondamentaliste.

Michel LEGROS

Pierre-Marie de VALMORAS, Dieu, une construction de l’esprit. Entre orthodoxie religieuse et athéisme, Paris, Karthala, 2025.

Armand ABECASSIS, Jésus avant le Christ, Paris, Presses de la Renaissance, 2019.

Pierre TRIGANO, Le Notre Père, manifeste révolutionnaire de Jésus l’Hébreu Ganges, Réel Éditions, 2010.

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