Les émotions contre la raison
Les émotions contre la raison
Le tsunami émotionnel investit principalement les médias et les réseaux sociaux, ainsi que le discours politique, au détriment de la raison, ce qui entraine la montée de populismes. Et il met à mal le vivre ensemble. Dialoguer est effectivement devenu de plus en plus difficile et laisse trop souvent place à l’invective.
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« Nous assistons à une véritable invasion de l’espace social par les affects, s’alarme la journaliste Anne-Cécile Robert dans son ouvrage La stratégie de l’émotion. Médias, mouvements sociaux, vie politique, relations internationales… Tout semble désormais s’ordonner autour des ressentis qui finissent par tout écraser, et en particulier les capacités d’analyse et de distance réflexive nécessaires à toute vie sociale pacifique, mais aussi au fonctionnement normal de la démocratie. Aucun domaine de la vie n’échappe désormais au tamis émotionnel. » Myriam Revault d’Allonnes va dans le même sens lorsque, dans Passions publiques, elle remarque que « leur “dictature” et/ou leur “tyrannie” font obstacle à l’argumentation rationnelle, entravent le discernement et les capacités de jugement et d’analyse ». La philosophe rappelant que la raison et le sensible ont toujours structuré la tradition occidentale : d’un côté, la possibilité de rendre le réel intelligible ; de l’autre, « un rapport vécu avec le monde, le jaillissement d’une expérience irréfléchie, préréflexive, qui appréhende le réel sans passer par la raison ». Mais aujourd’hui, la raison a abdiqué devant les émotions qui « emportent tout sur leur passage à commencer par les conditions mêmes du débat public ».
RESSENTIR OU PENSER ?
« Les sentiments, sollicités ou encouragés, confirme de son côté la journaliste, s’installent au cœur des relations sociales au détriment des autres modes de connaissance, comme la réflexion ou la raison. » Ajoutant que « tout concourt à ce que les individus s’ancrent dans un état émotionnel qui les prive d’empire sur eux-mêmes, les incitant à ressentir plutôt qu’à penser, les entraînant à subir plutôt qu’à agir, et les empêchant précisément de se comporter en, citoyen ». L’émotion est à ce point valorisée qu’elle « détermine même le jugement qu’on porte sur une situation ».
Étymologiquement, précise Myriam Revault d’Allonnes, l’émotion est « un trouble subit, une agitation passagère liée à l’irruption d’un événement ou d’une simulation extérieurs ». Pour Serge Tisseron, dans Vérités et mensonge de nos émotions (Albin Michel), « elles sont aussi indispensables à nos vies que l’air que nous respirons ou que les relations qui nourrissent nos échanges quotidiens ». Elle possèdent aussi un rôle primordial « dans les processus d’apprentissage et la construction de la pensée logique ». Pourquoi alors tant de méfiance à leur égard ? Parce que, analyse Dominique Moisi dans La géopolitique de l’émotion (Champs actuel), elles « sont capricieuses et reflètent le tempérament naturellement versatile de l’être humain. Les émotions ont tendance à se succéder, sinon à se juxtaposer ou à se contredire dans un maelström surprenant. »
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