Une marche pour la paix d’Orval à Sarajevo
Une marche pour la paix d’Orval à Sarajevo
Marcher aujourd’hui en pèlerins de paix sur les chemins d’Europe, c’est réaliser un acte poétique. Un acte de résistance. Un acte d’espérance. Un acte prophétique. Un acte de vie. Pendant quatre mois, L’appel va régulièrement chroniquer le périple de ces hommes et femmes partis le 1 er mai de l’abbaye d’Orval en direction de la capitale bosniaque.
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Comment nait une communauté de pèlerins ? Fin octobre 2025, un premier groupe s’est mis en marche « pour tester grandeur nature cette idée d’un pèlerinage pour la paix en communauté ». Huit jours de marche sur les antiques chemins de la Via Arduinna dans les Ardennes belges, du monastère de Wavreumont à l’abbaye d’Orval. Cette marche pionnière a été, pour les 24 participant·es (et leur chien), une expérience fondatrice dont Alain Laurent a tiré un documentaire, Pèlerins de la paix, qui a reçu le prix du meilleur Documentaire au Festival Bridge of Peace 2026 à Paris. Il sera bientôt possible d’organiser une projection à la demande.
Il N’Y A PAS DE PETITS PÈLERINS
C’est parti ! Le 1 er mai, au pied du porche de l’abbaye d’Orval, portée par un soleil radieux, une centaine de personnes accompagnait la bonne vingtaine de pèlerines et pèlerins de la paix en partance vers Sarajevo. La première étape de 15 kilomètres les conduira à Avioth. Les sourires et les visages en disent déjà long sur ce qui est en train d’advenir. La joie d’être auprès du groupe n’est pas étrangère au sentiment qu’il infuse d’emblée en chacune et chacun. « Il n’y a pas de petits pèlerins, une journée de marche c’est déjà un pèlerinage », précise Nikita Tsampa, l’initiateur du projet, dans son introduction aux côtés de la chorale solidaire Simire menée par Baptiste Vaes, pèlerin de la paix lui aussi. C’est un jour pour fêter le début de cette grande aventure et pour célébrer « un engagement personnel et communautaire à être, le temps de ce pèlerinage et au-delà peut-être, des témoins de paix au cœur de notre monde troublé ».
Plusieurs chants inspirants, issus de cultures différentes, indiquent clairement l’angle universel de l’expérience, sans l’enfermer dans une religion ou un système de croyances. Marcher de temps à autre en silence symbolise également ce désir de se rejoindre au-delà des mots et des visions habituelles. Ces pèlerins marchent pour la paix. Mais quelle
paix ? « La paix dans nos cœurs d’abord. Dans nos familles. Dans nos villes. Dans nos pays. La paix entre les peuples. Entre les religions. Et, aussi, peut-être surtout, la paix avec le monde vivant », précise le responsable. Par cet “acte” – pour reprendre leurs mots – les marcheurs rejoignent la communauté grandissante de ceux qui, à travers le monde, se veulent acteurs, à leur mesure, d’un réveil et d’une transformation profonde de l’humanité. « Être, aujourd’hui, une communauté de femmes et d’hommes debout, ouverts, en mouvement dans le monde et orientés vers ce qui est plus grand que nous, c’est poser un acte symbolique qui va à rebours de la peur, de l’accablement et du découragement que suscitent souvent la situation actuelle de notre monde. Partir aujourd’hui en pèlerins de paix sur les chemins d’Europe, c’est réaliser un acte poétique. Un acte de résistance. Un acte d’espérance. Un acte prophétique. Un acte de vie. Chacun choisira les mots qui correspondent à sa sensibilité. »
UNE CHARTE UNIVERSELLE
Sur le site internet des Pèlerins de la paix, on peut découvrir les dix orientations qui les guident et les inspirent. C’est un engagement de toute beauté. On capte assez vite qu’il ne s’agit pas d’un projet relié à une seule religion ou philosophie. Il puise dans plusieurs traditions spirituelles et humanistes et invite à un état d’esprit particulier, un déplacement. Il se réfère à Gandhi, Satish Kumar et le Schumacher College, Socrate et les néo- platoniciens, la sagesse taoïste, Rûmi, Nelson Mandela, le verset 17,37 du Coran, la devise de l’Union européenne, la sagesse amérindienne du peuple Lakota ou encore le verset 13,3 de l’Évangile de Mathieu. Loin d’être un mélange syncrétiste opportuniste, ces orientations dévoilent l’ADN de la démarche. S’en imprégner est déjà un chemin de croissance. D’autre part, cet ADN qui tisse ensemble le meilleur de plusieurs traditions peut largement inspirer celles et ceux qui travaillent à construire des ponts, à décrisper les identités, à relier des points de vue différents sans les trahir, à susciter l’intelligence collective et la transdisciplinarité, à élargir les visions, à trouver – par l’imagination créatrice et le silence habité – des antidotes aux courants mortifères. En ce sens, c’est un cheminement initiatique.
FILLES ET FILS DE L’INSTANT
« Toutes les grandes traditions spirituelles invitent les êtres humains à se mettre en mouvement, à s’immerger dans les flots du vivant et aussi, très concrètement, à se mettre en marche. Depuis des siècles, des millénaires même, les êtres humains, partout sur la terre, pratiquent le pèlerinage. Suspendant l’espace-temps du quotidien, la pèlerine et le
pèlerin se font filles et fils de l’instant et se mettent en marche vers un lieu qu’ils considèrent comme sacré, symbole de ce qui les transcende et vers lequel, mystérieusement, leur cœur les porte. Ce pèlerinage de paix est d’abord un acte initiatique. Personnel. Singulier. C’est un chemin de connaissance de soi par lequel chacune et chacun de nous est invité à remonter vers la source de la vie en elle, en lui. Au rythme des rencontres, des épreuves, des émerveillements, des questionnements, chacune et chacun d’entre nous marchera sur un chemin d’apprentissage. Un chemin de conscience, d’humilité et de confiance. Nous marcherons en quête de la paix intérieure, premier pas vers cette paix partagée à laquelle nous aspirons. »
ARTISANS DE LA GUÉRISON DU MONDE
Le groupe de pèlerins accueillera régulièrement en cours de route des marcheuses et marcheurs préinscrits et en verra partir d’autres qui auront fait leur part. Il avancera à la rencontre des habitants et habitantes des villages et des villes d’Europe visitées. Il cherchera aussi à rencontrer des communautés porteuses de changement, des serviteurs de la Paix et des « artisans de la guérison du monde ». « En posant des actes symboliques, en écoutant, priant ou en méditant, les marcheuses et marcheurs se recueilleront sur des lieux de mémoire. Ils honoreront ainsi les racines communes dans leur diversité. Ils se souviendront des traumatismes collectifs. Parcourant les montagnes et les forêts, traversant les collines, les champs et les rivières, nous chercherons la beauté. Nous nous tiendrons silencieux, à l’écoute de ce que le vivant et les éléments ont à nous enseigner. Nous nous mettrons aussi à l’écoute en nous de l’écho des souffrances de la terre, pour reprendre les mots de Thich Nhat Hanh, moine bouddhiste vietnamien. Nous veillerons, méditerons et chanterons là où le vivant souffre. Partout où nous le pourrons, par la douceur de nos pas, par nos actes de soins, nous tenterons de guérir et d’embellir la Terre sur notre passage. »
INVENTER DES RITES ET RITUELS
Ce manifeste ici le désir décomplexé et libérateur d’inventer ensemble des rites et rituels au centre même de la démarche. La liberté d’expression et de créativité d’un groupe et de ses membres nécessite sans doute aussi un apprentissage audacieux à l’originalité appropriée. Les organisateurs ont également prévu la possibilité de marcher chaque dimanche matin en Belgique (Brabant Wallon, Namur, Luxembourg) pour se relier au projet des pèlerins. Trois possibilités sont ainsi proposées : un lien quotidien matinal, des marches de reliance et des cercles de témoignages les premiers jeudis du mois (en soirée à 20h00 les 4 juin, 2 juillet, 6 août) qui permettront soit une rencontre en ligne avec des pèlerines et pèlerins de retour de la caravane soit un cercle de parole. Les renseignements sont accessibles sur le site à l’onglet “Participer – Être en lien depuis la Belgique”. Ce projet donne le vertige par sa richesse et son audace et impose le respect. Il est porté par une communauté vivante et ouverte. Le 1 er mai, la fraîcheur bienvenue de la Basilique d’Avioth a accueilli les pèlerins. On était comme des lettres et des mots émerveillés de participer à l’incipit d’un récit fondateur. Un livre minuscule qui rappelle que David possède des atouts insoupçonnés face aux Goliath aujourd’hui apparemment vainqueurs. Un David ou un nuage de colibris dans un ciel au bleu infini. Après l’auberge espagnole de fin de journée à l’endroit du premier campement, celles et ceux qui le souhaitaient ont exprimé des vœux et encouragements aux pèlerins. Écrits sur des rubans colorés, ils ont été accrochés au bâton de la marche. Sceptre d’espérance, ce bâton des intentions est bien parti.
Michel DESMARETS
Infos : pelerinsdelapaix.com/
Organiser une projection du film Pèlerins de la Paix : pelerinsdelapaix.com/le-film
Schumacher College: facebook.com/groups/147417529212979/
