Antonella Meco, l’ardeur obstinée d’une comédienne

Antonella Meco, l’ardeur obstinée d’une comédienne

Sélectionnée en 2025 par François Pirette, devenue virale en quelques jours, et repérée aussi bien au théâtre qu’à la télévision et en publicité, Antonella Meco pourrait passer pour une « success-story tardive ». Elle est surtout une femme qui n’a jamais lâché son rêve, entre sacrifices familiaux, fidélité à ses racines italiennes et petite voix intérieure qui la relève quand tout vacille.

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24 février 2026

· Mis à jour le

24 février 2026
© Olivier Calicis

Sélectionnée en 2025 par François Pirette, devenue virale en quelques jours, et repérée aussi bien au théâtre qu’à la télévision et en publicité, Antonella Meco pourrait passer pour une « success-story tardive ». Elle est surtout une femme qui n’a jamais lâché son rêve, entre sacrifices familiaux, fidélité à ses racines italiennes et petite voix intérieure qui la relève quand tout vacille.

Avec, selon certaines sources, près de dix millions de vues, la vidéo d’Antonella Meco en prof face à François Pirette lors de l’un de ses derniers spectacles a cartonné sur les réseaux sociaux. Ce jour de 2025, explique-t-elle, elle décide de tenter sa chance au casting du célèbre humoriste, son idole belge depuis toujours. Elle y va avec son fils Nicolas Imprugas, également comédien. « Qu’est-ce que j’ai à perdre ? », se dit-elle. Ils sont sélectionnés tous les deux. Elle incarne une enseignante fatiguée face au médecin contrôle joué par Pirette, tandis que Nicolas campe l’ange Gabriel (Gaby). Les représentations des 15 et 16 novembre 2025 cartonnent. 

Le spectacle Noir Joke Rouge est enregistré et est présenté le 30 novembre sur RTL TVI. Un extrait du sketch L’enseignante devient viral. Des TikTokeurs en utilisent même les voix pour faire des vidéos de doublage. « Du jour au lendemain, tout a changé », raconte-t-elle. Elle découvre alors la puissance des réseaux sociaux, capables de faire exister un artiste en quelques heures… mais également de l’oublier tout aussi vite. Car elle sait que, dans ce métier, la célébrité est fragile et l’oubli rapide. « Après un casting, on n’a plus de nouvelles, il faut tout recommencer à zéro », confirme-t-elle.

« TERRIBLEMENT VIVANTE » SUR SCÈNE

Née à Revin (France) et installée en Belgique depuis 1982, Antonella Meco n’a jamais été programmée pour devenir comédienne professionnelle. Elle a travaillé longtemps au Fonds du Logement de Wallonie à Charleroi. Elle s’est mariée jeune avec un Italo-Belge, a élevé deux enfants et est aujourd’hui grand-mère. Pourtant, la scène ne l’a jamais quittée. Dès 15 ans, elle déclame Prévert devant 300 personnes et se sent, dit-elle, « terriblement vivante ». Par conformisme familial, elle s’oriente néanmoins vers la comptabilité, qu’elle déteste, puis renonce au Conservatoire quand elle tombe enceinte à 22 ans. Le rêve s’éloigne, mais ne meurt pas. 

En 1993, une rencontre avec le Théâtre Action la remet en mouvement, elle participe, intervient, ose. À 43 ans, elle entre à l’Académie de Tamines, suit des cours privés, puis un stage au Cours Florent à Paris en 2009. Sélectionnée pour la formation de trois ans, elle renonce finalement par loyauté familiale. Ce renoncement n’est pas vécu comme une défaite, mais comme un choix douloureux et conscient : elle préfère rester présente pour sa famille plutôt que de faire des allers-retours. Actuellement, elle suit des cours dans l’école de Téo Fernandez des Tuches en jeu face caméra (acting).

UNE ARTISTE QUI S’INVENTE 

Son parcours est tout sauf linéaire. Elle joue au Théâtre de Poche de Charleroi, au Centre culturel de Sambreville… Elle enchaîne des pièces de vaudeville et des comédies classiques comme Oscar, Treize à table, Duo sur canapé ou La bonne planque. Elle tourne dans des films belges des rôles ou des silhouettes parlantes, notamment dans Il pleut dans la maison de Paloma Sermon Daï (où finalement elle est utilisée comme voix off). Elle figure également dans des courts-métrages d’étudiants, tels Silvia, présenté récemment au festival Ortigina en Italie, ou Mémorium d’un jeune ransartois, Damien Billen, qui a reçu de nombreux prix dans des festivals indépendants internationaux. Dans la série Trentenaires, elle est la mère de Sarah, saisons 1 et 2, tout en multipliant les publicités. Cette présence à l’écran lui permet de rester « dans le jeu », mais elle sait que la pub ne remplace pas le théâtre, qui demeure son territoire émotionnel.

Son véritable tournant arrive quand elle ose demander à Jean-Marc Catella – qu’elle remarque dans une émission d’humour à la télévision – de lui écrire un seul en scène. De ce message envoyé sur Facebook naît Luigina (coproduit par le CRAC’S Centre culturel de Sambreville et l’ASBL 100 Voix), son spectacle fétiche qu’elle vendra dix fois : théâtre de Binche, Les Riches Claires à Bruxelles, les Centres culturels d’Andenne et de Seraing, la maison rurale de Blaton, le Centre culturel de Givet en France, les théâtres de Poche et Marignan à Charleroi, le Naos à Gozée. 

Incarnant une vieille Italienne partie en train retrouver son mari qui travaille au Bois du Cazier à Marcinelle, elle raconte pourquoi elle a quitté son pays natal, ce qu’elle a ressenti avant et pendant le voyage. « Sur scène, j’étais seule avec moi-même, je ne pouvais compter que sur moi », confie-t-elle. Le public oscille entre rire et larmes, mêlant stand-up, conte et mémoire migratoire. Ce spectacle devient pour elle bien plus qu’un rôle : une confession théâtrale, une manière de parler de l’exil, de l’amour conjugal et du vieillissement sans pathos, mais avec une humanité poignante. 

COUP DE GUEULE POLITIQUE

Malgré ce succès, elle n’a pas trouvé de diffuseur, qu’elle recherche toujours, ni aucun subside pour le financer. Mais ce seul en scène est reconnu Tournée Art et vie. C’est aussi grâce au Centre culturel de Sambreville, à son metteur en scène Julien Mutumbo, à l’ASBL 100 voix, au GTV (Groupe Théâtral du Voisin) et à la commune de Sambreville – tous des acteurs locaux – que Luigina a pu voir le jour. Et là surgit son petit coup de gueule politique. 

Elle s’interroge sur l’accès aux subsides culturels, financés par « l’argent du peuple », dont pourtant elle fait partie. « Pourquoi toujours les mêmes artistes ? Pourquoi pas tous les autres ? » Elle doute et se demande : « Finalement ai-je du talent ? Est-ce que dix millions de vues d’un extrait du sketch avec Pirette suffisent à l’affirmer ? » Elle reste lucide. Pour elle, c’est bien grâce à Pirette, cette locomotive de l’humour, qu’elle a eu le sentiment d’être reconnue. Sans Pirette, dit-elle, elle n’aurait jamais fait partie d’un buzz. Ce silence institutionnel la touche profondément, non par orgueil, mais parce qu’elle a l’impression que des années d’efforts peuvent être balayées d’un revers de main. 

RACINES ITALIENNES

Brune méditerranéenne typée, elle observe aussi les biais du milieu. « Certains ont une tête à l’emploi très large. La mienne est plus marquée, donc plus limitée. » À 63 ans, elle se situe « entre deux âges » dans la publicité comme au théâtre. Mais son personnage de Nonna Gigina, vieille Italienne impertinente née pendant le Covid, lui donne envie d’écrire un spectacle pour la scène. Elle va le faire avec l’aide de Luc Boily, de l’école Nationale de l’humour à Montréal, et d’Emmanuelle Defechereux, jeune stand-upeuse liégeoise qui lui donne une couleur plus locale. Il pourrait être coproduit par un Centre culturel de sa région pour la saison 2027-2028. Dans ce projet, elle jouera avec tendresse et ironie sur la figure de la grand-mère italienne, mémoire vivante et impertinente qui dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas.

Ses origines transalpines irriguent profondément son art. Un metteur en scène lui a un jour affirmé qu’elle avait « l’énergie d’Anna Magnani ». Elle rit, mais reconnaît cette filiation émotionnelle, charnelle, méditerranéenne. Dans la vie, elle se dit plutôt anxieuse et mélancolique. « Mon fils me dit souvent que je suis quelqu’un de triste », confie-t-elle. Cette mélancolie, loin de la freiner, se métamorphose sur scène. « L’adrénaline me transforme. Le rire du public est ma plus belle récompense, ma reconnaissance, mon carburant ». 

Elle assume aussi une forme de sacrifice. En choisissant la famille, elle a mis de côté une partie de ses ambitions artistiques. Ce mélange de fidélité et de rébellion, elle l’attribue volontiers à son héritage catholique, même si elle ne pratique pas. La dimension spirituelle traverse d’ailleurs son parcours sans dogme. Née dans une famille catholique, elle n’est pas pratiquante et doute parfois de l’existence de Dieu. Pourtant, dans les moments difficiles, elle s’adresse à lui ou à ses parents disparus. « Pour moi, Dieu, c’est surtout une petite voix intérieure qui te dit de bien agir », explique-t-elle. Quand elle déprime, cette voix lui souffle que « quelque chose de positif va arriver », et souvent, dit-elle, « cela se vérifie ». Elle ne cherche pas une religion, mais un sens, une boussole morale qui l’aide à rester droite et fidèle à elle-même.

Sur scène, elle se sent « totalement à sa place », comme si cet espace devenait un lieu de vérité intime. Donner du plaisir, faire rire, toucher, relier, voilà ce qui la porte. Même quand le système l’ignore, même quand les castings s’enchaînent sans retour, elle continue. Retraitée depuis l’âge de 61 ans, elle refuse l’effacement. Pour elle, la retraite n’est pas une fin, mais une liberté nouvelle pour créer autrement. Antonella Meco incarne ainsi une figure rare, celle d’une comédienne autodidacte et tenace, portée par ses racines italiennes, par l’amour de sa famille et par cette petite voix qui lui murmure de ne jamais renoncer. 

VIRGINIE STASSEN 

comedien.be/antonellameco

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