L’IRAN EN ÉCHECS
Cette autobiographie retrace l’histoire d’une joueuse iranienne très tôt passionnée par l’échiquier et suit son parcours de vie pétri de culture iranienne. Elle découvre, au-delà de l’obscurantisme religieux, la réalité d’un pouvoir absolu et corrompu qui laisse sa population dans une grande misère économique. Cet ouvrage dit aussi le courage inouï de cette joueuse d’avoir, lors du Championnat du monde d’échecs à Moscou en 2019, enlevé son hijab, ce bout de tissu réglementaire, devant les caméras du monde entier. Ce courage l’amènera à devoir quitter définitivement son pays pour la France où elle remportera la médaille d’or du championnat d’échecs en 2023. (T.M.)
Mitra HEJAZIPOUR, La joueuse d’échecs, Paris, Albin Michel, 2026.
LES DESPERADOS
Éric Vuillard se focalise sur un événement ou un personnage de l’Histoire dont on peut tirer une leçon de vie pour aujourd’hui. Il s’intéresse ici à des figures de légende du Far West américain, notammentBilly the Kid. Rien à voir avec les aventures humoristiques de Lucky Luke, le tragique est ici bien présent. Le portrait qu’en dresse l’écrivain avec sensibilité est celui de desperados, des jeunes sans famille, voleurs et jouant de la gâchette pour assouvir leur faim, d’abord, et leur soif de liberté. Peinture d’une Amérique violente où la loi n’est pas la même pour les puissants et les sans grade. Un récit qui fait furieusement écho à l’Amérique de Trump. (G.H.)
Éric VUILLARD, Les orphelins, Arles, Actes Sud, 2026
POLAR ARDENNAIS
À 8 ans, sa mère souffrant d’une grave maladie, Julie est confiée à son père qui les avait quittées avant sa naissance et qui vit désormais à Rotterdam. Les deux années passées avec lui sont difficiles. Il est alcoolique, violent et ses amis sont militants d’extrême droite. En Belgique, l’enquête de l’inspecteur Luc Delcourt sur un crime non élucidé conclut à la culpabilité de cet homme. Mais il est considéré comme décédé lors d’une bagarre aux Pays-Bas. Lisant un article de journal à ce propos alors qu’elle est infirmière dans un bidonville en Inde, Julie écrit à l’inspecteur qu’elle dispose d’éléments qui pourraient l’inciter à rouvrir l’enquête… (J.G.)
Marie-Pierre Jadin, Tempêtes, Neufchâteau, Weyrich, 2025.
GRAND-PÈRE BIEN-AIMÉ
En 2010, à la mort de sa grand-mère, le narrateur demande à sa mère de lui raconter l’histoire cachée de son grand-père. Il devra attendre encore quelques années avant qu’elle n’accepte de lui livrer ce qu’elle sait de ce secret, c’est-à-dire bien peu. Que s’est-il passé durant l’été 1964, en Italie, pour que Paul, le grand-père jusque-là bien-aimé, soit relégué dans les geôles de l’oubli ? Au cœur de vacances familiales qui s’annonçaient heureuses, un cataclysme s’est produit. À partir de quelques bribes, l’auteur mène son enquête et se voit le plus souvent réduit à formuler des hypothèses. La vérité peut-elle s’immiscer à travers l’imagination ? (J.Ba.)
Philippe BESSON, Une pension en Italie, Paris, Julliard, 2026.
POURQUOI SAMUEL PATY ?
Après deux livres consacrés au « séisme » qu’a été l’assassinat de Samuel Paty pour avoir montré, lors de son cours sur la liberté d’expression, des caricatures du prophète, l’autrice raconte ici, mêlant interrogatoires, plaidoiries, réflexions et croquis d’audience, le procès des personnes accusées d’avoir apporté leur concours à son assassin, réunissant. Elle montre « de quelle manière les mots engagent et peuvent tuer », démonter la radicalisation via les réseaux sociaux, « cet habillage de mots qui est le propre de la propagande », et s’interroge sur le rôle de l’école qui « propose la possibilité de prendre un autre chemin » pour que vive la démocratie. (C.M.)
Emilie FRÈCHE, Un séisme, Paris, Albin Michel, 2026.
LE LONG DES RIVIÈRES
« J’ai marché dans la froidure de l’aube pendant une bonne heure, croisé une cabane forestière, puis le paysage s’est ouvert. » Dans une écriture vivante et poignante, le lecteur suit Jess – adolescente puis adulte – dans ses tribulations où les rivières sont pour elle un lieu de régénération. Elles l’aident à trouver sa liberté, rien que cela ! La nature qui se nourrit de l’espace infini est omniprésente et elle est pour Jess un rempart à la brutalité du monde. Seule sur les routes du sud, elle affronte les dangers, se heurte à la précarité, mais trouve dans la puissance des paysages la force des rencontres et la solidarité dans un refuge inattendu. Un roman passionnant. (T.M.)
Patrice GAIN, Seules les rivières, Paris, Albin Michel, 2026.
