Bart Van Loo, dans les pas des ducs de Bourgogne
Bart Van Loo, dans les pas des ducs de Bourgogne
Cinq ans après Les Téméraires, Bart Van Loo redonne vie à Philippe le Hardi et à ses successeurs en se rendant sur les lieux qu’ils ont arpentés. Son Tour de la Grande Bourgogne est une passionnante plongée dans l’Histoire.
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L’illustration montre une vaste étendue neigeuse. Dans le fond, deux hommes armés progressent vers un corps enfoui dans la neige à l’avant-plan. Il s’agit de l’aquarelle numéro 182 de Jean-Léon Huens, contenue dans l’ouvrage de l’historien bruxellois Jean Schoonjans, Nos Gloires, une histoire illustrée de la Belgique, paru en six volumes au milieu du XXe siècle, représente Charles le Téméraire « tué au cours d’un combat obscur » lors du siège de Nancy en 1477. C’est sa vision qui a conduit l’écrivain flamand (et parfaitement bilingue) Bart Van Loo, alors adolescent, à s’intéresser aux ducs de Bourgogne qui, pendant presque deux siècles, ont aussi régné sur l’actuel Benelux. Au point de leur consacrer un livre en 2020, Les Téméraires, qui a connu un beau succès. Et c’est par ce dessin conservé au Musée de Mariemont, sis au sein du domaine royal situé entre Mons et Charleroi, qu’il clôt son époustouflant Tour de la Grande Bourgogne de près de 800 pages abondamment illustrées.
ÉRUDITION ET HUMOUR
Marié à une Bourguignonne, le natif d’Herentals, dans la banlieue d’Anvers, pétri de culture française – il est également l’auteur d’une somme sur Napoléon – a rechaussé ses baskets pour s’engager sur les traces de ses personnages historiques favoris. De Philippe le Hardi, fils du roi de France Jean le Bon qui épouse Marguerite de Male, fille du comte de Flandre, à Charles Quint, dernier souverain des Plats Pays. Ou plus précisément sa sœur, Marie de Hongrie, qui en assure la gouvernance. En passant par Jean Sans Peur, Philippe le Bon ou Charles le Téméraire. Du nord des Pays-Bas au sud de la Bourgogne, il a cherché avec minutie, érudition et un humour permanent des traces de cet éphémère ensemble géographique.
À Bruges et à Gand, il suit Jan Van Eyck, s’interrogeant sur son fameux retable, L’Agneau mystique, dont une partie pourrait être de la main de son frère, Hubert. À Bruxelles, c’est dans les sous-sols du musée BELvue, sous la place Royale, qu’il découvre, émerveillé, les caves de l’Aula Magna, une gigantesque salle d’apparat érigée par Philippe le Bon à partir de 1452. Après un passage par la Bibliothèque royale, dont la seule trace du passé bourguignon est la chapelle de Nassau, le voici à Namur.
Empruntant le sentier menant à la citadelle, il rappelle que le Comté de Namur, déjà acheté par Guy de Dampierre, comte de Flandre, a été revendu par son lointain descendant, Jean III, à Philippe le Bon. Il faut dire qu’à Dinant, les Liégeois se montraient particulièrement hostiles. Assiégée par le duc de Bourgogne, la cité dinantaise finit par se rendre avant d’être réduite en cendres. Ordre de Philippe ou hasard malheureux ? L’histoire ne tranche pas. Elle établit, en revanche, dans la principauté liégeoise, le courage des 600 Franchimontois qui, sur le point d’atteindre le roi de France, Louis XI, et Charles le Téméraire, sont dénoncés par une lavandière alertée par leur accent. La Montagne de Bueren et ses 374 marches témoignent de leur tentative avortée.
CONVOI FUNÉRAIRE
Après une incursion dans les Pays-Bas jusqu’à Utrecht, ville qui a gardé des traces de David de Bourgogne, l’un des 26 bâtards de Philippe le Bon qui y a officié comme évêque, Bart Van Loo remonte dans le temps en suivant le convoi funéraire du premier duc bourguignon, Philippe le Hardi. Partant de Hal, où il meurt en 1404, il s’arrête à Lille, autrefois traversée par la Deûle et ses multiples ramifications – d’où son nom. Si de la forteresse, appelée le Château de Courtrai, il ne reste rien, pas plus que du palais de la Salle et de la collégiale Saint-Pierre où le convoi fait une halte, l’Hospice Comtesse, par contre, hôpital érigé par Jeanne de Flandre en 1237, expose, dans l’ancienne salle des malades, les portraits des ducs et comtes bourguignons et leurs épouses. L’auteur-pérégrinateur pénètre ensuite en Bourgogne, dans “les pays de par-delà”, pour les différencier des “pays de par-deçà”, comme les nommait Philippe le Bon, ceux du Nord où il résidait le plus souvent.
Michel PAQUOT
Bart VAN LOO, Le tour e la Grande Bourgogne, Paris, Flammarion, 2025.
