Véronique Gallo s’inspire de sa vie sur scène

Véronique Gallo s’inspire de sa vie sur scène

Avec son humour sensible et son regard très lucide sur le monde, Véronique Gallo s’est imposée comme une voix singulière de la scène francophone. Dans ses spectacles, elle transforme les turbulences de l’existence en récits drôles, profonds et humains. Après l’Olympia, elle poursuit aujourd’hui sa tournée avec La vraie vie.

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26 avril 2026

· Mis à jour le

26 avril 2026
Photo de Véronique Gallo souriante devant un fond blanc
© Stephane KERRAD

Chez Véronique Gallo, née en 1976, la fibre artistique s’est révélée tôt. À neuf ou dix ans à peine, la petite fille sentait déjà qu’un destin dans ce domaine l’attendait. « J’ai toujours voulu faire de la scène. J’aimais la danse classique, mais un jour j’ai participé à un stage de théâtre. Tout le monde a ri lors de mon sketch. On m’a alors dit : ton truc, ce n’est peut-être pas la danse… mais le théâtre. » À la maison, l’humour est déjà une affaire sérieuse. Avec son père, elle regarde Guy Bedos, Coluche ou Pierre Desproges. « J’écrivais dans mon journal intime [une activité qui ne la quittera jamais] que je monterais un jour sur scène. Je ne savais pas encore si ce serait comme Muriel Robin ou en jouant Racine, mais je savais que j’y serais. »

Liège constitue son premier terrain de vie et d’inspiration. Elle fréquente une école de Cointe et découvre très jeune l’animation du centre-ville. « J’adore Liège. C’est une ville très chaleureuse, très humaine. Le Carré, les rues pleines de vie… Cela m’a beaucoup nourrie. » Aujourd’hui, même si elle vit à Hannut et partage parfois son temps avec Paris où elle a un appartement, l’attachement demeure. « Quand j’y retourne, je me sens toujours chez moi. La ville a changé – je la trouve un peu moins vivante – mais c’est peut-être parce que je n’y vais plus aussi souvent. » 

COUPS DE POUCE DU DESTIN 

Les années passent. La réalité familiale va repousser ce rêve de scène. Dans une famille où personne n’est allé à l’université, l’idée du conservatoire paraît trop incertaine. « Le théâtre, disaient mes parents, c’est beaucoup d’appelés et peu d’élus. » La jeune femme ne se rebelle pas. Elle choisit les études romanes à l’université de Liège et devient professeur de français. « J’étais très heureuse comme prof. C’était des années magnifiques. » Elle se marie à 23 ans, devient mère, mais le rêve de scène ne disparaît pas pour autant. Elle crée des ateliers théâtre avec ses élèves, écrit en secret, s’en rapproche peu à peu. Puis survient un événement brutal : la mort de son père à l’âge de 55 ans. « J’ai pris une énorme claque. J’ai compris que tout pouvait s’arrêter d’un coup. »

Une image la poursuit également : celle de ses futurs petits-enfants. « Je me suis dit : qu’est-ce que je leur raconterai ? Que mamie rêvait de scène et ne l’a jamais fait ? C’était inenvisageable. » Elle décide de tenter sa chance. Un stage intensif de seul en scène à l’AKDT (Royale Académie Internationale d’Été de Wallonie) agit comme une révélation. « Je dis souvent que je suis née une seconde fois à ce moment-là. » Déjà autrice, elle écrit alors son premier spectacle dans la foulée. Mais les débuts sont rudes : les théâtres la rabrouent, refusent de lire son texte. L’épisode de la Samaritaine, à Bruxelles, restera gravé dans sa mémoire. 

« C’EST DE LA M… »

« J’ai envoyé mon manuscrit. La directrice m’a dit au téléphone : “Ce que vous écrivez, c’est de la merde, ne m’appelez plus !”, puis elle m’a raccroché au nez. » Trois jours de larmes. Puis elle a rappelé, incapable de rester sur cet échec, estimant qu’il devait y avoir erreur sur la personne. C’était effectivement le cas, mais la directrice lui explique qu’elle ne lira pas son texte. « Elle m’a dit : je n’ai pas le temps et on ne vous connaît pas. N’espérez pas. » L’histoire aurait pu s’arrêter là. Mais quelques jours plus tard… coup de théâtre ! Immobilisée chez elle après une entorse, la directrice finit par lire le manuscrit.

Elle rappelle. Le texte lui semblant « extraordinaire », elle lui propose immédiatement deux semaines de programmation. Et la chance, encore une fois, s’invite. Le soir de la première, une journaliste culturelle du Soir est dans la salle. Elle est enceinte et le spectacle s’intitule On ne me l’avait pas dit, un récit sur la maternité. La critique la gratifiera de trois étoiles. La carrière de la Liégeoise peut commencer.  

Depuis, le parcours de Véronique Gallo s’est construit pas à pas. Une trajectoire à la fois lente et fulgurante. Sa marque de fabrique : raconter la vie telle qu’elle est, avec humour et sincérité. Ses spectacles s’inspirent largement de son existence – la maternité, la vie de couple, les enfants qui grandissent, les ruptures, les passages de vie – tout en restant des créations théâtrales. « Je parle de choses très personnelles, mais je transforme tout. Les émotions sont vraies, mais les histoires inventées. Envers et contre tout, je suis une raconteuse d’histoires. »

Son nouveau spectacle, La vraie vie, actuellement en tournée en Belgique et en France, explore justement ce moment où les enfants quittent la maison et où il faut redéfinir son existence. Un personnage déboussolé, qui traverse une forme de vertige existentiel… avant de prendre de la hauteur. « La vraie vie, c’est quand on comprend qu’on ne contrôle rien et qu’il faut lâcher prise. » Un spectacle à la fois drôle et profondément humain, qui aborde avec finesse la famille, la séparation, les doutes et les renaissances.

UNE SPIRITUALITÉ LIBRE 

Sa vision spirituelle puise ses racines dans son histoire familiale, marquée par des visions très différentes de la foi. De cette diversité spirituelle, Véronique Gallo a fini par tracer son propre chemin. « Je ne suis pas attachée aux religions, mais très attachée à Dieu. Je crois surtout au lien avec l’invisible », confie-t-elle. L’année 2013 influencera toutefois sa vision du monde. Alors qu’elle traverse une période de doute artistique, elle cherche un coach. Elle rencontre alors un moine zen qui deviendra un véritable guide spirituel. « Depuis, la méditation fait partie de mon quotidien. Avant d’entrer en scène, je prends quelques minutes pour me recentrer et me reconnecter à moi-même. »

L’année 2024 a aussi marqué sa carrière : elle se produit à l’Olympia. « Adolescente, j’avais écrit dans mon journal intime que j’y jouerais un jour. Ce soir-là, j’ai eu l’impression que la boucle était bouclée. » Ce rêve, elle l’associe immédiatement à son père, disparu trop tôt. « Je suis convaincue qu’il est avec moi et qu’il me regarde. » Un autre épisode marquant de sa trajectoire est son passage dans l’émission de Michel Drucker, une reconnaissance qui l’a touchée. 

Mais au-delà des salles prestigieuses et des moments médiatiques, ce qui demeure pour elle l’essentiel reste ce lien invisible avec le public. Sur scène, Véronique Gallo ne joue jamais seule : une relation presque intime s’installe avec la salle. « Mes spectacles parlent de la lumière et de l’amour dans un monde actuellement très noir, dit-elle simplement. Pour moi, l’amour est la réponse à tout. » Et peut-être est-ce là, finalement, le cœur de son travail : transformer les turbulences de la vie en histoires capables d’éclairer les autres.

Virginie STASSEN

Infos et programme :  veroniquegallo.com 

Livres : Tout ce silence (2012, Pocket), Pour quand tu seras grande (2020, Pocket) et L’entropie des sentiments (2021, Héloïse d’Ormesson).

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