Ce qui unit et ce qui fait sens
Ce qui unit et ce qui fait sens
Relier en donnant du sens : l’ADN de L’appel. Et ce numéro en témoigne fortement : relier l’humain à la nature, des personnes que leurs convictions ou leurs histoires pourraient séparer, accueillir des manières différentes d’être au monde, faire circuler des idées, des émotions, des engagements.
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Ce qui relie ne gomme pas les différences. Au contraire. Le lien n’existe vraiment que s’il permet à chacun de rester lui-même, avec son histoire, ses convictions, ses questions, parfois ses désaccords. Là se situe une part essentielle du projet du magazine : chercher moins ce qui uniformise que ce qui permet de faire société malgré ce qui distingue.
Relire Hannah Arendt aujourd’hui revient précisément à s’interroger sur ce qui permet à une société de tenir. Car la liberté et la justice ne sont pas seulement des principes : elles prennent corps dans des rapports sociaux et des institutions. Lorsque ceux-ci se fragilisent, quelque chose du monde commun qui vacille.
Mais le lien se construit aussi beaucoup plus près de soi. Quentin Debois traverse l’Atlantique en solitaire. Pourtant, derrière l’exploit individuel, il y a tout ce qui l’accompagne : des valeurs reçues, la résilience, le courage, le refus d’abandonner.
Le lien doit aussi résister au désaccord. Rik Torfs revendique une liberté de parole aussi large que possible et estime que les idées doivent pouvoir se confronter plutôt que s’exclure. Pour lui, ne pas penser la même chose ne condamne pas nécessairement à ne plus pouvoir se parler.
Face à l’urgence climatique, l’écospiritualité cherche à relier engagement écologique, spiritualité et valeurs profondes. Les Pèlerins de la paix, marchant d’Orval à Sarajevo, parlent de « tisser des liens » au fil des frontières et des rencontres. Les théologies queer interrogent la possibilité de « faire communauté » tout en permettant à chacun d’être reconnu dans sa singularité.
Ces sujets peuvent sembler très différents. Mais c’est ce qui importe. L’appel ne cherche pas à les faire entrer dans une même grille de lecture, encore moins à gommer ce qui les oppose. Il les rapproche pour faire entendre des voix diverses, ouvrir des questions, déplacer les regards et chercher ce qui, au-delà des différences, peut encore créer du commun.
C’est aussi le sens de la soirée organisée le 20 octobre prochain à La Sucrerie de Wavre. Six chroniqueuses et chroniqueurs du magazine s’y retrouveront pour Six personnages en quête de sens. Un auteur musulman, une rabba, une pasteure, un théologien catholique, un politologue bouddhiste et une auteure laïque. Des convictions différentes, parfois éloignées, mais une même volonté d’entrer en dialogue.
Car le sens ne naît pas forcément de ce sur quoi tout le monde s’accorde. Il peut surgir de la rencontre, de la transmission, de la confrontation des idées et de la découverte de ce que l’autre oblige à regarder autrement.
À une époque où les appartenances et les oppositions tendent facilement à dresser des murs, continuer à créer des passerelles n’a rien d’anodin. Ce qui unit n’efface pas ce qui sépare. Mais cela empêche que ce qui sépare ait toujours le dernier mot. Et c’est peut-être là que se trouve le sens.
Frédéric ANTOINE
