Réservé aux abonnés : Qu’ils reposent en paix !

Réservé aux abonnés : Qu’ils reposent en paix !

Faire revivre nos morts grâce à l’Intelligence Artificielle, voilà ce que proposent désormais des entreprises privées très fières de redonner une vie numérique à nos chers disparus.

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Publié le

31 octobre 2026

· Mis à jour le

31 octobre 2026
couverture du livre

Ce nouveau marché du Digital After Life, la Vie Numérique après la Mort, offre à ses clients de converser avec un proche décédé « comme s’il était vivant », ce que les spécialistes de cette curieuse industrie appellent le « deuil numérique ». Concrètement, avant de mourir, vous créez votre “deadbot”, votre “agent conversationnel” si vous préférez, une sorte d’avatar qui, en se servant des textes, images, enregistrements et autres vidéos que vous lui avez fournis, va stimuler votre comportement d’après mort. Ainsi, vos survivants vont pouvoir dialoguer avec votre “double numérique” comme si vous étiez encore de ce monde.

Ces machines qui prétendent nier la mort ne vont-elles pas provoquer de graves répercussions sur la santé mentale ? Plusieurs psychiatres interrogés disent que ce déni de la mort « pourrait entraîner de graves difficultés émotionnelles, freiner la résilience et conduire à la dépression ». De grâce, insistent-ils, « laissons donc nos morts reposer en paix ».

ULTIME ÉTREINTE

Loin de ces technologies d’outre-tombe, je garde en mémoire cette belle découverte d’une sépulture néolithique mise au jour par des archéologues italiens il y a une vingtaine d’années. Je viens de lire le récit qu’ils proposent d’un amour qui a traversé le temps. Ces chercheurs étaient en train de fouiller une zone industrielle près de Mantoue lorsqu’ils découvrent un couple enlacé depuis six mille ans ! Les deux squelettes se font face, leurs fronts se touchent, ou presque, alors que leurs bras et leurs jambes sont emmêlés dans une ultime étreinte… Dans quelles circonstances les a-t-on enlacés ? La directrice de recherche écarte un rite sacrificiel (ils seraient dans une autre position), mais opte plutôt pour une inhumation après un accident et une manière d’honorer un grand amour.

Qu’eux aussi reposent en paix ! Une paix d’après mort dont parle si bien l’écrivain Emmanuel Godo dans Une si fragile présence. « Les défunts qui reviennent nous parler à l’oreille ne sont pas des fantômes d’hier, insiste-t-il, ils font partie de cette vaste orchestration qui va droit devant, qui laisse la musique de l’Éternel advenir. » Ce que souligne aussi le chanteur Yves Duteuil pour qui « nos absents nous regardent avec nos propres yeux ». Et, « en fermant les yeux, ils nous laissent leur regard, à la façon d’une boussole ».Oui, « ils nous manquent mais ils remplissent le vide de leur absence par une présence silencieuse et tendre » (La petite musique du silence, Mediaspaul, 2013).

BRINDILLES

Mon ami moine, Jean-Yves Quellec (qui a beaucoup écrit sur la mort !), avait l’habitude de ponctuer certains chapitres de ses livres par des “brindilles”, de petites citations graves ou légères, parfois sautillantes, qui pouvaient n’être pas en relation avec le texte qui les précédaient. Et je m’y précipitais en premier !

À mon tour de vous en offrir quelques-unes, ma manière à moi de déposer un sourire sur le jour des Morts. Ainsi, j’apprends que dans un hôpital suisse que je ne nommerai pas, la direction a choisi d’imposer un badge de couleur afin d’identifier clairement chaque membre d’une profession. Je ne vais pas les citer toutes, mais signaler simplement que les médecins sont en rouge, les infirmières en bleu et les aumôniers ou aumônières… en noir. Ben voyons !

Je trouve bien plus joyeuse cette question posée par l’instituteur dans une classe d’école primaire, lors d’une leçon consacrée aux oiseaux de chez nous :

  • Quel est le féminin de martin–pêcheur ?
  • Monsieur, monsieur, s’écrie une petite voix plus que délurée : Martine-pécheresse !

Voyez donc où va se nicher la religion !

Que Martins et Martines… s’envolent en paix.

Gabriel RINGLET

Emmanuel GODO, Une si fragile présence, Paris, Albin Michel, 2026.

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