Hannah Arendt : une philosophe des temps présents

Hannah Arendt : une philosophe des temps présents

Rééditions, hors-séries, nombreuses citations… Un demi-siècle après sa mort, la philosophe allemande jouit d’une « canonisation posthume », selon l’expression de l’un de ses exégètes. L’universitaire liégeois Édouard Delruelle explique en quoi sa pensée fait encore écho aujourd’hui.

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Publié le

30 septembre 2026

· Mis à jour le

2 octobre 2026
Photo de Hanna Arendt à côté de la terre
VISIONNAIRE. Ses textes éclairent l’époque et s’y appliquent parfaitement. © Image adaptée par l’IA

« L’existence même de mouvements totalitaires au sein d’un monde non totalitaire et, partant, l’attrait qu’exerce le totalitarisme sur des gens qui disposent de toutes les informations et entendent des mises en garde à longueur de temps, témoigne de manière éloquente de l’effondrement de toute structure de moralité, de tout le corps de commandements et d’interdictions qui, traditionnellement, incarnait les principes fondamentaux que sont la liberté et la justice et les exprimaient sous forme de rapports sociaux et d’institutions politiques. » Dans cette citation d’Hannah Arendt, extraite de La nature du totalitarisme, publié en 1954, il suffit de remplacer le mot “totalitaire” par “populisme”, “autoritaire”, “extrême droite” ou autres pour obtenir une photographie précise de la planète aujourd’hui. « Dans tous ses textes, remarque la philosophe Carole Widmaier, elle nous invite à penser notre temps. Et chaque lecture apporte quelque chose de nouveau, en fonction des échos du moment, de l’état de notre société. Elle n’est pas une philosophe classique, elle ne cherche pas à élaborer une théorie. Elle se démarque de la tradition philosophique en rejetant cette position de surplomb par rapport au réel et en refusant de forger des concepts qui se veulent éternels et totalisants. »

LE CAS TRUMP

Édouard Delruelle, qui lui consacre un “mooc” (un cours en ligne ouvert à tous) et un séminaire à l’Uliège, voit dans l’apport d’Hanna Arendt une triple actualité. « D’abord pour comprendre ce qui se passe aux États-Unis aujourd’hui. Si, dans son Essai sur la révolution, elle montre bien la grandeur de la constitution américaine, elle relève aussi ses fragilités, et comment des modes de gouvernement de type totalitaire peuvent très bien s’y insérer. On trouve effectivement, dans les méthodes d’un Trump, beaucoup d’éléments typiques d’un système totalitaire. Pour Hannah Arendt, le totalitarisme n’est pas un régime politique, mais un système de pensée qui peut intervenir même dans un régime non totalitaire. L’exemple d’Hitler qui, sans être élu, a été amené au pouvoir de façon démocratique prouve qu’un tel système peut s’immiscer dans une société, alors que les institutions restent formellement les mêmes. On ne peut pas dire, pour autant, que les États-Unis soient devenus un régime totalitaire. Il existe de nombreuses résistances, les gens peuvent dire ce qu’ils veulent, ils ne sont pas envoyés dans des camps. »

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