« SOUFFLER SUR QUELQUES LUEURS »

« SOUFFLER SUR QUELQUES LUEURS »

« Respirer, c’est relier son souffle à celui des autres », écrit la journaliste et théologienne Claude Plettner qui nous invite à « Souffler sur quelques lueurs ». Surtout par temps d’inquiétude.

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Publié le

29 août 2026

· Mis à jour le

30 août 2026
Photo du chroniqueur Gabriel Ringlet

Voici près d’une trentaine d’années – mais oui ! – que je “commente” l’Évangile dans L’appel. Commenter n’est peut-être pas le mot le plus approprié. Disons que je tente de jeter des ponts entre l’Évangile et l’Actualité, sous le regard, parfois, des créateurs d’imaginaire. Et cela m’a beaucoup plu ! Pourquoi modifier l’itinéraire ? L’Évangile est toujours d’actualité. L’actualité est toujours de brûlante intensité. Et les romanciers, les poètes, les artistes, les cinéastes, les comédiens, les musiciens… continuent à nous interroger. J’aurais donc pu poursuivre sur les mêmes traces. Mais il arrive que, pour mieux rejoindre l’horizon qu’on s’était fixé, il soit heureux, parfois, d’interroger l’itinéraire et d’emprunter de nouveaux chemins, fussent-ils de traverse.

Je n’ai pas dit que l’Évangile allait disparaître. Ni l’actualité. Et comment pourrais-je vous proposer une suite de ce récit sans faire appel à tous ces inventeurs d’histoires qui sont souvent les meilleurs guides, surtout quand le chemin se fait plus escarpé ? Alors voici ma proposition de tournant : un journal. Ma manière à moi de « souffler sur quelques lueurs ».

LA FLEUR COMME LE CHARDON

Un journal qui mérite peut-être une qualification pour en dire l’esprit. Je pense à mon ami Gérard Bessière qui nous a offert, en ce temps-là, son Journal étonné. Le mot me va bien. Un journal qui, au long de la route, ramasse la fleur comme le chardon. Mais qu’il éclate de rire, qu’il se fâche, qu’il s’apaise ou qu’il s’endorme au bord d’un ruisseau, ce journal étonné espère surtout vous encourager à souffler, vous aussi, sur quelques lueurs puisqu’à en croire le poète René Char : « Il faut souffler sur quelques lueurs pour faire de la bonne lumière. »

Et pour l’alimenter, ce souffle-là, le journal a le droit de conjuguer les regards, de changer d’humeur d’un paragraphe à l’autre, de passer d’une citation littéraire à une réflexion théologique, du commentaire d’un verset biblique à une anecdote humoristique, mais de parler d’expériences aussi, de découvertes, de lectures, de débats. Voici, par exemple, un livre qui m’a beaucoup rejoint ces dernières semaines, où l’auteure, ancienne rédactrice en chef de journaux pour la jeunesse du groupe Bayard, raconte comment un diagnostic médical tout à fait inattendu lui a véritablement « coupé le souffle ». 

LA RESPIRATION DE L’ACCORDÉON

En écrivant Souffler sur quelques lueurs par temps d’inquiétude, Claude Plettner, confrontée à l’annonce angoissante de la maladie, évoque l’inquiétude de « sentir soudain la fragilité de son propre souffle ». Mais, au fil des pages, elle élargit la question : « Et si l’essoufflement de notre planète disait aussi quelque chose de nos épuisements intérieurs ? » Une intense parole sur la respiration que l’auteure interroge aussi à travers le grand imaginaire biblique. 

Elle s’attarde, par exemple, au mot hébreu ruah que l’on peut traduire par âme si on veut bien y entendre le vent du large, son odeur, son haleine, son énergie vitale. « C’est l’âme, poursuit Claude Plettner, qui donne sa couleur au son du violon, sa profondeur à la contrebasse, son vibrato au violoncelle. L’âme encore – le soufflet ! – qui donne à l’accordéon de respirer, sonner et vibrer. » Je pense à mon ami Didier Laloy qui, avec Les Muses, accompagne les célébrations du Prieuré Sainte Marie depuis belle lurette. Quelle émotion à l’écouter respirer, cet accordéon-là !

J’espère que ce futur journal étonné saura vous raconter le souffle : « Celui qui nous manque et celui qui nous porte. »

Gabriel RINGLET

Claude PLETTNER, Souffler sur quelques lueurs par temps d’inquiétude, Paris, Nouvelle Cité, 2026.

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