Les grandes fractures entre chrétiens français

Les grandes fractures entre chrétiens français

Dans son livre Les grandes fractures, le journaliste Jérôme Cordelier retrace l’histoire des catholiques et protestants de France depuis la guerre d’Algérie jusqu’à Mai 68, en passant par Vatican II. Une période de profondes divisions, éclairée par de grandes figures politiques, religieuses et intellectuelles.

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29 août 2026

· Mis à jour le

29 août 2026
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Rédacteur-en-chef de l’hebdomadaire Le Point, où il traite des religions et des spiritualités, Jérôme Cordelier revient sur les grandes fractures qui ont déchiré les chrétiens de France entre 1954 et Mai 68, et dont certaines ont des prolongements jusqu’à aujourd’hui. Il croise ses propres apports avec des témoignages et contributions d’autorités politiques et religieuses, de théologiens, d’historiens et d’intellectuels. De Gaulle, Mauriac ou Ricœur jalonnent ainsi le récit, aux côtés de nombreuses autres figures de l’époque.

GUERRE D’ALGÉRIE

La guerre d’Algérie constitue le premier grand point de fracture. Sur cette terre marquée par la mémoire de saint Augustin, où certains chrétiens en mission disent aussi combien leur foi a été façonnée par la rencontre avec les musulmans, catholiques et protestants se retrouvent en première ligne. Mais souvent sur des positions opposées, selon leurs engagements politiques et leur manière d’être fidèles à leur foi.

Des prêtres ouvriers soutiennent ainsi les militants du Front de libération nationale algérien (FLN). Dans le même temps, l’usage de la torture par l’armée française est dénoncé par des chrétiens, parmi lesquels François Mauriac, mais aussi par des soldats comme le futur prêtre Guy Gilbert. La question coloniale dépasse d’ailleurs l’Algérie : Cordelier rappelle que plusieurs futurs dirigeants de pays devenus indépendants ont été formés dans des établissements catholiques ou protestants, comme Patrice Lumumba au Congo belge ou Jomo Kenyatta au Kenya.

L’auteur élargit ensuite son regard jusqu’au Vatican. Il présente Pie XII comme dominateur et inflexible, et revient sur son silence face à la Shoah, la fin imposée aux prêtres ouvriers, la proclamation de saint Benoît comme patron de l’Europe en pleine Guerre froide et la bénédiction, en 1957, des signataires du Traité de Rome créant l’Europe des Six, dont une majorité de dirigeants étaient démocrates-chrétiens.

Le passage à Jean XXIII puis à Paul VI ouvre une autre période. Cordelier souligne notamment que Vatican II a été conduit par deux papes francophiles et avance que Jean XXIII ne serait sans doute pas devenu pape sans son passage comme nonce apostolique à Paris.

LIÉNART MAIS PAS SUENENS

Le Concile permet aussi à l’auteur de faire apparaître plusieurs figures importantes. Il rappelle le rôle du cardinal Liénart, soutien des prêtres ouvriers, et celui du cardinal Tisserant, doyen du Sacré Collège, ainsi que les apports de théologiens français et de prélats allemands et hollandais.

Par contre, les contributions du cardinal Suenens, pourtant modérateur du Concile, des évêques belges et des théologiens de Louvain passent largement sous silence. Il en va de même de l’évêque de Tournai, signataire du Pacte des Catacombes aux côtés de dom Helder Camara.

Vatican II n’empêche pas la déchristianisation, mais il marque un tournant majeur, notamment avec la déclaration Nostra Aetate (À notre époque), qui reconnaît les religions non chrétiennes et met fin à l’antijudaïsme chrétien, même si cette évolution mettra du temps à être réellement intégrée dans la pastorale.

Les fractures religieuses se prolongent aussi sur les terrains politique, économique et social. Mai 68 agit comme un nouveau détonateur. Les intellectuels chrétiens français. prennent position sur les  choix de société  et de  nouvelles divisions  apparaissent parmi  catholiques et protestants. En 1972, Mgr Matagrin est le sociologue des religions Danièle Hervieu-Léger rappelle ainsi cette phrase du cardinal Marty, archevêque de Paris : « Dieu n’est pas conservateur. Dieu est pour la Justice. »

Quelques années plus tard, Mgr Matagrin est, en 1972, le principal rédacteur du document Pour une pratique chrétienne de la politique des évêques de France, signe supplémentaire d’un christianisme qui continue à se confronter directement aux débats de société.

Bien que principalement centré sur une réalité française du siècle dernier, tout en regardant du côté du Vatican, l’ouvrage permet ainsi de suivre des fractures qui traversent à la fois l’Église, la politique et la société. Certaines continuent encore d’éclairer des débats actuels, bien au-delà de la France.

Jacques BRIARD

Jérôme CORDELIER, Les grandes fractures. Les chrétiens face aux défis du siècle (1954-1968), Paris, Calmann-Lévy, 2026.

Article réécrit à l’aide de l’IA

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