Réservé aux abonnés : Un temps suspendu

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Il y a des moments où les événements qui agitent le monde perdent soudain leur emprise, comme si plus rien ne comptait que ce que l’on est en train de vivre. Oserait-on parler d’un « moment de grâce » ? L’expression est peut-être un peu forte, mais elle n’est pas loin de traduire ce que l’on ressent alors.

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Publié le

28 octobre 2026

· Mis à jour le

28 octobre 2026
Des personnes sur la scène et une foule autour
© Stephan Grawez

Nombre des personnes qui s’étaient massées, le mardi 20 octobre, dans la salle de La Sucrerie de Wavre, ont dû éprouver cette impression. Pendant deux heures, elles ont vécu quelque chose de singulier, dont le ressenti relève presque de l’indicible.

Les six « personnages » que L’appel avait conviés à partager leur quête de sens ont largement contribué à créer cette parenthèse exceptionnelle. La manière dont Pascal Claude a conduit la conversation avec eux n’y est pas non plus étrangère à l’émergence de ce climat particulier.

Alors que le monde se déchire, que les réseaux sociaux attisent les haines et que grandit la crainte de ne plus pouvoir se parler, tensions et oppositions sont restées à la porte de la salle. Qui imaginerait possible aujourd’hui d’entendre dialoguer un intellectuel musulman et une rabba juive, une auteure qui se réclame de la laïcité et une pasteure protestante, un politologue pratiquant le bouddhisme et un théologien catholique ? Et les voir se retrouver sur l’essentiel, sans pour autant renoncer à leurs convictions ?

Tous les six étaient bien, et demeurent, en quête de sens. Car, pour eux, il n’existe ni réponse définitive ni Vérité unique, avec une majuscule, qui viendrait clore une fois pour toutes leurs interrogations. Leur recherche se nourrit au contraire du doute, de la remise en question, de ces fragments de vérité que chacun recueille au fil de son existence. Loin de se réfugier derrière des discours institutionnels ou des affirmations doctrinales, ils ancraient leurs réflexions dans leur propre vécu, leur cheminement personnel.

« Ce qui compte n’est pas ce qui nous divise, mais ce qui nous rapproche », écrivions-nous dans l’éditorial de L’appel du mois dernier. La rencontre du 20 octobre aura donné à cette conviction une illustration dépassant toutes les espérances. Les six chroniqueuses et chroniqueurs de notre rubrique « Croire ou ne pas croire » ne sont pas simplement de belles personnes. Ce sont aussi des personnalités hors du commun, dont la richesse tient notamment à cette volonté de franchir les frontières des appartenances et des certitudes.

Quatre d’entre eux avaient déjà participé à une rencontre organisée à l’occasion du 400e numéro de L’appel. Mais jamais les six ne s’étaient retrouvés ensemble. En acceptant, non sans une certaine appréhension, de se prêter à ce jeu de la vérité « en direct » auquel Pascal Claude les a invités, ils ont offert bien davantage qu’une succession de témoignages ou un débat entre représentants de différentes traditions philosophiques et religieuses.

« En France, on aurait été incapable d’organiser une rencontre de ce type », estimaient plusieurs personnes à la sortie de la salle. Immense merci à Floriane, Gabriel, Hicham, Josiane, Laurence, Pascal et Pierre d’avoir offert cette parenthèse hors du temps. 

Erratum

La personne figurant à l’origine en couverture de notre n° d’octobre a, à juste titre, estimé que la photo utilisée n’était pas fidèle à la réalité. Son déroutage avec l’aide de l’IA avait en effet amené à lui apporter quelques modifications de détail, qui nous avaient échappé, et nous le regrettons. À la demande de M. Debois, cette couverture a été modifiée de nos éditions en ligne.

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