Derrière les fanions et gonfalons : en avant la musique !
Derrière les fanions et gonfalons : en avant la musique !
Les fanfares ou harmonies font partie du patrimoine culturel vivant. Le photographe Francis Cornerotte en a suivi quarante-cinq en Luxembourg belge et publie un recueil photographique touchant.
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Dans de nombreux villages luxembourgeois, les fanfares et harmonies animent encore aujourd’hui de multiples événements. Elles sortent lors des fêtes, bals ou carnavals et se déplacent en tous lieux, d’une chapelle à une maison communale. Elles se font plus sérieuses lors de cérémonies de commémorations ou de processions. Leur histoire est très riche. Issues de la fin du XIXe siècle, certaines ont tout d’abord été liées aux casernes militaires. L’introduction progressive du solfège et de la musique dans les écoles secondaires au milieu du siècle renforce leur développement. « Disons-le tout net : en ces temps-là, il n’y avait pas d’autres alternatives de loisirs, explique Francis Cornerotte. Le football apparaît en 1860 et la bicyclette en 1880. ». L’histoire de ces ensembles musicaux est aussi liée à l’apparition des kiosques. À Arlon, on en compte jusqu’à sept, dont le premier, en bois, date de 1856.
ACCÈS À LA CULTURE
« Avant, c’était le seul accès à la culture musicale pour les milieux ouvriers. Chez nous, on était cinq ; quatre d’entre nous sommes allés à l’harmonie. Je n’ai pas eu le choix. C’est comme ça que j’ai fait de la clarinette alors que j’aurais voulu faire du piano, mais on n’en avait pas les moyens », ajoute l’auteur, originaire de Gérouville (Meix-devant-Virton). Pour faire vivre ce recueil, l’œil du photographe s’est aiguisé durant deux années, réalisant soixante-cinq reportages dans les diverses localités du Luxembourg belge. À la rencontre « des petites personnes qui font de la grande musique », dit-il.
Un avis appuyé dans sa préface par Guy Denis, écrivain également originaire de la province verte : « Nos fanfares et harmonies expriment une sorte d’inconscient collectif de la vie commune et sans elles nos vies d’ensemble ne seraient plus pareilles. L’on oublie souvent qu’elles n’existent que par le bénévolat de femmes et d’hommes généreux de leur temps, de leurs deniers, qu’elles s’ancrent dans le local basique, et aussi qu’elles enseignent cet art majeur qu’est la musique ; que de vocations de compositeurs, d’interprètes, sont nées en leur sein, dans leurs lieux villageois. »
LIVRE-REPORTAGE
En 184 pages, avec plus de 400 photos, Francis Cornerotte révèle le quotidien de ces quarante-cinq ensembles musicaux éparpillés au cœur des villages et villes d’Ardenne, de Gaume et de Lorraine. Il emmène le lecteur à étalle (Harmonie Royale la Stabuloise) à Chevigny (Chevisax Le Ban), Athus (Harmonie des Sapeurs-Pompiers), à Izel (Harmonie Royale Caecilia), Muno (H.R. des Amis Réunis) à Villance (H.R. Les Échos de la Lesse). On découvre les processions de la Royale St Joseph de Vance, ou encore les sorties de l’ensemble Harmony de Bastogne, tant lors des défilés militaires que des courses cyclistes reliant Liège-Bastogne-Liège.
Le livre évoque aussi des morceaux d’histoire et propose un chapitre sur les instruments qui différencient les fanfares des harmonies. « Une fanfare est définie comme un orchestre principalement composé d’instruments de cuivre (clairon, cor, trompette) et de petites caisses. Une harmonie est un orchestre formé de vents (bois et cuivres), donc notamment de clarinettes et flûtes, de percussions et, quelques fois, de contrebasse à cordes », précise le musicien-photographe. Sans oublier les bandas, au répertoire plus festif !
Véritable encyclopédie du folklore musical local luxembourgeois, l’ouvrage fait aussi le détour sur la formation musicale des jeunes, ainsi que sur le rôle des chefs et cheffes. « Ils doivent bien connaître la palette des instruments dont est équipée l’harmonie. En effet, on ne joue pas n’importe quelle œuvre, c’est selon les instruments dont on dispose. Penser aussi à bien choisir ses morceaux en fonction de l’activité où on est invité. Sans tomber dans la facilité. Il faut à la fois que cela s’accorde avec les musiciens et leur plaisir de jouer ». En parcourant cet ouvrage, on mesure également le plaisir du photographe !
Stephan GRAWEZ
Francis Cornerotte, Fanf’harmonies, un air de Gaume, de Lorraine et d’Ardenne, Bouvellemont, Ed. Noires Terres, 2025. Prix 33€.
