Invitation… à un goûter mortel
Invitation… à un goûter mortel
Le 18 avril 2025, la comédienne Jasmina Douieb célébrait le Vendredi Saint à la Ferme du Biéreau de Louvain-la-Neuve. Un an plus tard, elle va vivre l’Ascension au Prieuré de Malèves-Sainte-Marie.
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Quelle relation entre ces deux moments rituels ? La réponse, toute simple, tient en un mot : la mort. Mais attention, pas une mort mortelle. Une mort à fleurir et même à manger, puisque l’artiste invite à un goûter mortel. Mais ne précipitons pas. Suspens. Au départ, donc, après les nombreux rôles qu’on lui connaît, au théâtre comme au cinéma, Jasmina Douieb crée et interprète Post Mortem, un spectacle étonnant où elle se demande comment apprendre à vivre avec nos mortes et nos morts, comment leur redonner une place parmi nous, comment avec elles, avec eux, maintenir un dialogue par-delà les frontières de l’existence.
LES CENDRES S’ENVOLENT
Le déclencheur de toute cette histoire, c’est la mort de sa mère emportée par un rude cancer. La maman voulait être incinérée. Sa fille ne le souhaitait pas ! Elle aurait préféré une tombe. « J’aime la poésie des cimetières », confie Jasmina, qui va pourtant accepter la volonté de sa mère. Elle disperse donc les cendres dans un champ. Et bien naturellement, les cendres s’envolent. Du coup, « je n’ai plus de lieu… » Cette dispersion empêche quelque chose, dit-elle, « alors je retourne dans ce champ ». Et là, un voyage commence à la recherche des signes que les absentes et les absents dispersent, çà et là. Jésus aussi a dispersé des signes. Mais certains de ses disciples eurent des doutes, écrit saint Matthieu…
Jasmina est aussi remplie de doutes. « Quand ma mère est morte, avoue-t-elle, j’ai cru que je n’y arriverais pas. Alors je me suis dit : bon, je vais en faire un spectacle et je vais commencer par une enquête, faire des interviews et voir comment les autres ont fait. » Micro à la main, la comédienne part à la rencontre des personnes qui, au-delà de l’épreuve, parviennent à vivre avec leurs morts et à cohabiter avec eux. Comment trouver, se demande-t-elle, ce terrain d’entente, cet espace de jeu où les rencontrer, par-delà les frontières de l’existence ? « Je voulais relire ce qui s’était passé poursuit Jasmina, interroger et… guérir. Car si je n’avais pas fait ce spectacle, la mort de ma mère serait restée comme un ulcère au milieu de mon cœur. »
Comme je demandais à mon invitée du Vendredi Saint si elle s’interrogeait aussi sur “l’au-delà” et sur “l’après”, elle m’a répondu qu’elle était athée mais… « un peu moins depuis le décès de maman ! » Elle a tenu à préciser qu’elle ressentait l’existence d’une communauté, d’un lien entre nous, de l’appartenance à un tout. En un mot, « un sentiment d’immensité ». Du coup, elle éprouve le besoin de rites, la nécessité de rituels à réinterroger d’urgence, et même la création d’une liturgie : « Il faut réinventer la consolation. »
CABINE POSTALE
Après la célébration, la consolation va prendre un chemin très concret : le rituel de la cabine. Lors de ce Vendredi Saint 2025, les participantes et participants ont reçu une très belle feuille de papier chanvre imprégné de graines de fleurs sauvages, de la citronnelle, de l’orge, de la Jacinthe d’eau… Et de quoi écrire à leurs défunts. À la fin de la liturgie, ces lettres ont été déposées dans une boîte postale à destination… du Prieuré de Malèves. Pour y dormir durant un an. Elles sont bien arrivées et s’y reposent en attendant la cérémonie d’enfouissement du jeudi 14 mai 2026 et leur résurrection florale, un peu plus tard, dans le jardin du Prieuré.
Même si vous n’avez pas vécu le Vendredi Saint 2025, vous êtes cordialement invité(e)s à vivre l’Ascension 2026 présidée, à 15 heures, par Jasmina Douieb, lors d’un formidable goûter mortel… pour monter au ciel.
Gabriel RINGLET
Inscription nécessaire : leprieure.be/activites/saison-en-cours/ascension/gouter-mortel
