Marie Warnant, une artiste éclectique

Marie Warnant, une artiste éclectique

L’autrice-compositrice belge ne fait jamais les choses à moitié. Pour ses vingt ans de carrière, elle propose à la fois un livre et un CD qui possèdent le même titre, Panorama 20. Un double présent qui permet de mieux cerner l’univers de cette artiste aux multiples talents.

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Publié le

26 avril 2026

· Mis à jour le

26 avril 2026
Photographie de Marie Warnant devant un fond bleu
© Cici OLSSON

« Le chemin c’est la trace de tes pas/Il n’y a pas de chemin/Le chemin se fait en marchant. » Cet extrait d’un poème d’Antonio Machado pourrait résumer parfaitement la surprenante et originale carrière de Marie Warnant. Cette artiste qu’on retrouve toujours là où on ne l’attend pas fête les vingt ans d’un parcours artistique pouvant être qualifié d’éclectique. Un mot qui lui va si bien et qu’elle apprécie. Elle aime surprendre par des images cueillies au quotidien, dans la rue de Bruxelles ou d’ailleurs, sur les cimaises des galeries ou dans les cartes du Tarot. Elle soigne ses vidéo-clips pour en faire des objets artistiques à part entière avec des images qui ouvrent et prolongent les métaphores contenues dans les textes de ses chansons. Comme celui de Règne, d’une sidérante créativité. Elle ose se lancer des défis de tous ordres, tant sur scène que sur disque, en écrivant des chansons qui ont pour ambition de « bouger les lignes de nos champs de vision ». Elle aime aussi se laisser aller sur la vague de l’instant présent avec dans la tête cette phrase de Flaubert dont elle s’est fait une règle de vie : « Le pire dans le présent, c’est l’avenir. » 

COMME UN ÉVENTAIL

On s’attendrait donc naturellement à la voir sortir une reprise de ces chansons anciennes sous forme de best of. Elle en a en effet de superbes qui ont été remarquées et qu’elle défend sur scène avec brio et talent. Elle a préféré créer un beau-livre magnifiquement illustré par Séverine Piette, Panorama 20, qui reprend des textes anciens, des plus récents et d’autres inédits. Son premier ouvrage car elle aime les premières fois. « Ce livre, c’est un peu comme un éventail. On aurait d’ailleurs pu l’appeler ainsi. J’avais envie que, dans ce livre, il y ait deux fois vingt textes. Certains de l’aube et d’autres de l’aurore. Pour ceux de l’aube, ils ont déjà été publiés dans des albums enregistrés. Quant à l’aurore, ce sont des textes qui se trouvaient dans mes tiroirs. Parfois, c’était juste une phrase ou une idée qui n’avait pas abouti. Parfois aussi, c’était un texte dont je n’arrivais pas à faire une chanson. C’était retourner dans de l’ancien avec l’envie de le terminer. Parfois, il manquait juste la petite étincelle. Et aussi se demander pourquoi je n’avais pas sorti telle ou telle chanson qui, avec le recul, me semble quand même bien. »

Vu que Marie Warnant est avant tout musicienne et chanteuse, elle offre en parallèle un magnifique album de douze chansons, également intitulé Panorama 20, dont la pochette est illustrée par deux chaises stylisées. « Pour ce dernier disque, je me sens vraiment assise pile-poil entre deux chaises, dans le sens où ce n’est pas de la chanson française traditionnelle accompagnée d’une guitare ou d’un piano. Disons que ce n’est pas assez classique pour être de la chanson française pure et dure et ce n’est pas assez poussé pour entrer dans la catégorie de la chanson expérimentale. Je suis entre les deux, mais ça ne me dérange pas. D’ailleurs, je n’aborde jamais la création en me disant que c’est quelque chose qui doit être bankable. »

« Ce qui m’intéresse le plus, c’est l’acte créatif : écrire des chansons, les composer pour, après, les jouer en concert. Je sais très bien que cela ne sert à rien de faire comme tout le monde. Il y a des choses que je sais faire, d’autres que je ne sais pas faire.Certes, d’autres encore auraient pu être mieux faites, mais, à aucun moment, je ne me sens gênée d’avoir fait ce que j’ai fait. Dans ce métier, il faut garder le plus possible d’intégrité et d’honnêteté par rapport à soi-même. Certaines portes se sont forcément fermées, mais, au moins, je n’ai pas ouvert de portes qui ne me convenaient pas. Je sais aussi que j’ai évolué en vingt ans. Donc c’était bien de jeter un petit coup d’oeil dans le rétroviseur, tout en me donnant aussi l’occasion de me retrouver dans de nouvelles créations ou recréations. » 

DÉCOUVERTE DE BRUXELLES

Parmi les recréations figure Bruxelles, l’une de ses premières chansons dont le clip est un bijou de poésie surréaliste. Arrivant de Profondeville où elle a grandi et où elle chantait lors des veillées scoutes qu’elle animait, elle vient poursuivre des études de communications dans la capitale. « Je ne connaissais personne. Je suis arrivée de Namur à la Gare Léopold. Là, j’ai dû prendre le tram et je me suis retrouvée au goulot Louise. Je ne savais pas dans quel sens je devais prendre le tram. D’instinct je me suis dit : “La Grand-Place est par-là, va par-là.” Je me suis repérée petit à petit comme ça, avec les noms des arrêts : Châtelain, Général Jacques, etc. Tous ces lieux se déroulaient et s’organisaient comme une carte qui se dessinait dans ma tête. » On trouve également une chanson sans paroles qui est bien plus qu’un simple instrumental puisque le texte est dans le livre. « En faisant mes gammes ou quand je jouais du Satie et du Philip Glass, j’avais écrit un morceau tout simple destiné à ce texte : Gigi. J’ai essayé de l’enregistrer, mais je trouvais que ça gâchait tout. J’ai conservé l’instrumental, et je l’aime bien comme ça. »

Enregistrée en public, Marie Jeanne est un clin d’œil au bonheur d’être sur scène où excelle l’artiste. « La scène est un moment que j’aime. Je ne pense pas quand j’y suis, c’est cela qui est magnifique. Je suis juste là, dans l’instant présent. Quand je suis en répétition, je réfléchis, je me dis plein de choses pour m’améliorer. Mais, sur scène, ce n’est pas le moment de penser à tout cela. Quand je joue, je ne suis pas dans ma tête. Je suis là, sur scène, simplement pour vivre un beau moment. » Argentique murmure comme une photo de Doisneau un « souvenir d’avant avec la mère/la mer en avant – plan. » Chanson douce et nostalgique avec l’apport d’un musicien du Cap Vert rencontré par hasard.

COMME UN FILM

Il y aurait beaucoup de choses à dire sur ce disque riche et varié, tant en thèmes abordés que par rapport à ses diverses couleurs musicales. Ce n’est pas pour autant un album décousu : la très belle voix de Marie Warnant en fait l’unité. Elle « fait partie intégralement des arrangements », dit-elle. Une voix qui, sur un rythme effréné et endiablé, invite à Bouger, selon le titre d’un autre morceau. « J’ai vu cette chanson comme une espèce de générique de fin. Comme si le CD Panorama était un film. C’est une sorte de : “Allez, lève-toi de ton canapé ! Le film il est fini, à l’action ! Tu veux que x que le monde aille mieux, vas-y ! Il suffit souvent de petites choses : être ouvert à son voisin, aider un proche, avoir des causes qui tiennent à cœur. » Notamment celle de l’action féministe autour de la statue de Jeanneke Pis que soutient Marie Warnant et pour laquelle elle vient de composer l’hymne. 

Christian MERVEILLE

mariewarnant.com

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