Jeunes et musulmans : le pourquoi d’une religion à rebours
Jeunes et musulmans : le pourquoi d’une religion à rebours
Ils jeûnent, prient, discutent de normes religieuses dans les cours de récréation, suivent des prédicateurs en ligne. Alors qu’en Europe la pratique des religions chrétiennes recule, une partie des jeunes musulmans issus de l’immigration donne à la religion une visibilité nouvelle, parfois plus marquée que celle de leurs parents.
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En Belgique francophone, un sondage sur la spiritualité commandé par L’appel en 2019 le relevait déjà : 11% des personnes interrogées seulement déclaraient participer chaque semaine à une célébration religieuse, mais cette proportion montait à près d’un musulman sur cinq, contre moins d’un sur dix pour les catholiques. Chez les jeunes, l’écart était encore plus net. En France, des données plus récentes confirment ce décalage. Selon une enquête de l’IFOP, la part des musulmans atteint environ 7% de la population adulte, mais, surtout, la pratique s’intensifie : la prière quotidienne concerne désormais plus de six personnes sur dix, et le jeûne du ramadan reste très largement suivi, notamment chez les jeunes. Dans le même temps, la part de personnes se déclarant sans religion dépasse la moitié de la population française. Là où la sécularisation progresse globalement, la religiosité musulmane suit une trajectoire inverse.
DES PRATIQUES AU QUOTIDIEN
Professeure à l’UCLouvain, Brigitte Maréchal y est directrice du CISMOC (Centre interdisciplinaire d’études de l’islam dans le monde contemporain). Lors d’une intervention dans une école secondaire à Charleroi, elle échange avec des élèves de 16-17 ans, en partie musulmans, dans le cadre de ses travaux sur le religieux. Elle les interroge notamment sur la différence entre croyance et religiosité. Très vite, les réponses convergent : « Les pratiques, c’est super important, c’est ça qui soutient les convictions. » Pour ces jeunes, il s’agissait d’une évidence. Cela se lit dans des gestes concrets. Le ramadan, en particulier, est un moment structurant, y compris chez ceux qui ne s’inscrivent pas dans des formes de religiosité très fortes. Il organise les journées, crée du lien, marque un rythme collectif. À côté, d’autres pratiques prennent de l’importance, comme l’alimentation halal, devenue un repère visible. « On va manger halal, donc on est musulman, même si on ne prie pas », commente la sociologue, qui évoque aussi le port du foulard. Pour elle, ces éléments fonctionnent comme des « marqueurs identitaires forts ». Elle considère que ces détails du quotidien ne sont pas secondaires, car « c’est justement dans les détails que ce genre de choses se marque ». La religiosité musulmane passe par des pratiques visibles, répétées, incorporées, bien plus que par des discours formalisés.
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