Bastogne, pôle de la mémoire vivre
Bastogne, pôle de la mémoire vivre
Connue jusqu’aux États-Unis pour la résistance des GI encerclés durant l’hiver 1944-1945, Bastogne a fait de ce passé un pôle mémoriel majeur. Mais la ville raconte aussi l’Ardenne, ses légendes, ses rites et son patrimoine. Le tout mérite une visite. Pourquoi pas cet été ?
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Bastogne doit beaucoup au « Nuts ! » — souvent traduit par « N’importe quoi ! » ou « Des clous ! » — prononcé fin 1944 par le général Mc Auliffe, commandant des troupes américaines encerclée, en réponse à la demande de reddition faite par les nazis. C’est depuis la caserne Heintz, sur la route de La Roche-en-Ardenne, que McAuliffe a adressé son célèbre refus aux Allemands. Le lieu accueille aujourd’hui les Bastogne War Rooms, un parcours muséal consacré au siège de la ville. Le long de l’avenue de la Gare se trouve aussi le musée de la 101st Airborne Division, la division aéroportée américaine engagée dans la défense de Bastogne. On y découvre des diaporamas, des mannequins d’époque et des documents évoquant la vie des habitants de la cité encerclée et bombardée durant l’hiver 1944-1945.
UN PARCOURS POUR TRANSMETTRE
Inauguré en 2014, le Bastogne War Museum se trouve sur la colline du Mardasson, à proximité du grand monument en forme d’étoile élevé dès 1948 en hommage aux quelque vingt mille GI morts durant l’ultime offensive des troupes d’Hitler. Celles-ci y ont perdu plus de douze mille hommes. Trois mille victimes civiles ont également été dénombrées, auxquelles se sont ajoutés des centaines de blessés graves.
Géré par Tempora, ce musée organise des cérémonies d’hommage et de souvenir, des visites de vétérans et des expositions temporaires, comme From Texas to Bastogne. Selon le bourgmestre de la ville, Benoît Lutgen, il s’agit d’« un lieu de mémoire, de transmission et de développement pour la région et au-delà. Notre ambition est d’en faire un véritable pôle de la citoyenneté, ancré au cœur des enjeux démocratiques et capable de porter haut ces valeurs partout dans le monde ». Soit un beau rappel pour le président Trump et l’actuel ambassadeur des États-Unis en Belgique.
Depuis 2014, plus de quatorze millions d’euros, venus en partie du Fonds européen de développement régional (FEDER) et du Commissariat général au tourisme de Wallonie, ont été engagés pour élargir l’offre du Bastogne War Museum. En 2021, ses responsables ont mis en place des circuits de véhicules militaires d’époque à travers les villages meurtris en 1944.
Un nouvel investissement de neuf millions d’euros a ensuite permis de doubler la superficie du musée, de créer de nouveaux espaces et d’ouvrir un centre de documentation. Deux expériences complètent désormais le parcours. Générations 45 propose, d’une part des reconstructions d’ambiance, des objets originaux. De l’autre, un spectacle immersif montrant comment l’Europe d’aujourd’hui s’est formée dans l’ombre des puissances américaine et soviétique, ensuivant le destin d’un vétéran américain et d’un vétéran allemand après la guerre, des ruines de Bastogne jusqu’au Mur de Berlin,. Le Bois Jacques Battlefield, d’autre part, plonge le visiteur dans le quotidien des soldats américains retranchés dans les foxholes (terriers), ces trous de fusiliers creusés dans le sol, durant l’offensive allemande.
ESPRIT CRITIQUE ET DIALOGUE
Soucieux d’encourager l’esprit critique et le dialogue, le musée propose aux plus jeunes des visites scolaires, des stages et des animations. Il organise même des jeux de rôles, comme la reconstitution d’un tribunal d’après-guerre, ou encore, pour les élèves de la fin du secondaire, un concours annuel de « Plaidoirie de la Mémoire ». Le premier lauréat en a été le coureur cycliste professionnel Arnaud De Lie. L’édition 2026 a été consacrée aux enjeux actuels de l’information et de la désinformation. Depuis 2014, le musée organise aussi chaque année un grand colloque international : celui de 2025 portait sur la guerre juste, tandis que celui d’avril dernier se posait la question : « L’Europe est-elle en guerre ? » Parmi les participants à ces « Rendez-vous » figurent, entre autres, l’ancien président français François Hollande et les ex-Premiers ministres Manuel Valls et Guy Verhofstadt.
Depuis son ouverture, le musée a attiré plus d’un million et demi de visiteurs et, en 2024, année du 80e anniversaire de la Bataille des Ardennes, quelque cent quatre-vingt mille. Parmi les cent soixante-cinq mille de l’an dernier, 55% étaient des touristes étrangers. Une affluence qui entraîne de réelles et bienvenues retombées économiques pour Bastogne et sa région. Le lieu a reçu, en 2025, le prix du public et le prix Godefroid Économie récompensant les talents de la province du Luxembourg. En plus d’organiser des stages pour enfants, il présente cet été l’exposition Art of Remembrance issue d’un projet transeuropéen d’institutions belges, françaises, italiennes et polonaises, qui fait dialoguer art contemporain et héritage de la Seconde Guerre mondiale.
TÉMOINS DU PASSÉ
Si, sur la route menant à La Roche, on peut encore visiter les Bastogne Barracks où sont exposés de véhicules employés durant la Seconde Guerre mondiale. Mais l’histoire de la petite cité ardennaise remonte évidemment bien au-delà de ce conflit. Une histoire qui a laissé, parmi ses traces, la Porte de Trèves, une importante tour carrée qui, au Moyen-Âge, faisait partie des remparts. À leur destruction, cette porte a été convertie en prison puis en maison de passage, avant d’être restaurée après 1945. Elle abrite aujourd’hui des expositions temporaires.
Connu jusqu’en 2024 comme Musée en Piconrue, du nom d’un quartier de la ville, le désormais Musée de la Grande Ardenne occupe un ancien couvent et fait partie, depuis l’an dernier, au Pôle Culture de Bastogne, avec le Centre culturel voisin et l’espace d’art contemporain L’Orangerie. Ce musée propose deux expositions permanentes : Les Âges de la Vie. Naître, vivre et mourir en Ardennes, qui plonge les visiteurs dans la société traditionnelle entre 1850 et 1950, et la Maison des Légendes, qui fait découvrir l’histoire fantastique de six personnages de l’Ardenne : le chasseur sauvage, les quatre fils Aymon, le diable, le loup-garou, la fée et le nuton.
Ses expositions temporaires ont notamment mis en lumière l’importance des croyances, des rites et des cultes des saints guérisseurs en Ardenne. L’actuelle, consacrée au peintre Willoos, rassemble plus de soixante ans de création allant des paysages ardennais à la Californie et au Pérou. Bastogne compte enfin, parmi ses atouts, le proche parc naturel de la Forêt d’Anlier.
Jacques BRIARD
Bastogne War Museum, colline du Mardasson 5. Tlj 9h30-18h. Exposition temporaireArt of Remembrance : 09/0723/08.
Bastogne War Rooms, Rue de La Roche 38D. Tlj 9h30-18h.
BoisJacques Battlefield, Foy, Bastogne. Tlj 9h30-18h 9h30 à 18h. Site extérieur. bastognewarmuseum.be
Bastogne Barracks, rue de La Roche 40. Ma-DI 9h à 17h. bastognebarracks.be
101st Airborne Museum, avenue de la Gare 13, 6600 Bastogne. Ma-DI 9h à 17h. 101airbornemuseumbastogne.com
Musée de la Grande Ardenne, place en Piconrue 2. Ma-Di 10h-18h ; dernière entrée à 17h. Exposition temporaireWilloos. La vie en couleurs 30/08. museegrandeardenne.be
Parc naturel Haute-Sûre Forêt d’Anlier, chemin du Moulin, 6630 Martelange.
