Comme si tu étais toujours là

Comme si tu étais toujours là

L’un et l’autre nous ont quittés il y a quelques semaines. L’un et l’autre ont connu la scène et fait vibrer les foules. Mais elle et lui ont aussi traversé, douloureusement, des moments écorchés.

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Publié le

1 octobre 2026

· Mis à jour le

1 octobre 2026
Photo du chroniqueur Gabriel Ringlet

Il est parfois bon de garder ses vieux 33 tours. Bien m’en a pris puisqu’en apprenant le décès de Marie-Paule Belle, je me suis précipité dans ma discothèque pour découvrir que j’en avais encore sept ! Et du coup – que les plus jeunes générations me pardonnent – je me suis replongé jusqu’au bout des oreilles dans ses chansons des années 1970-1980 dont la modernité reste impressionnante. Et, à ma grande surprise, les mots me revenaient en mémoire avec une joie que j’avais peine à dissimuler. C’est que l’humour, la liberté, l’irrévérence, l’espièglerie de Marie-Paule Belle m’envahissaient à nouveau à travers des morceaux comme Mon nez, La Brinvilliers, Wolfgang et moi, et la Parisienne, évidemment ! Je nous entends encore chanter sous chapiteau à Louvain-La-Neuve où nous sommes plus de 600, joyeusement déchaînés, cette fameuse Parisienne dont le refrain ne me quittera plus : « Je ne suis pas parisienne / Ça me gêne, ça me gêne / Je ne suis pas dans le vent / C’est navrant, c’est navrant. »

DE BELLE À BARBARA

Mais chez Belle, en quelques secondes, tout pouvait basculer dans la gravité. Débranche ton soleil, Ces lettres auxquelles on ne répond pas, Un peu d’angoisse et de café disent aussi, parmi tant d’autres, la Marie-Paule si proche de ses amis Serge Lama et Barbara dont elle interprètera plusieurs titres dans son magnifique récital De Belle à Barbara, où elle révèle aussi ses exceptionnels talents de comédienne et de pianiste.

Féministe sans être militante, Marie-Paule Belle rendra publique, avec délicatesse, sa relation avec sa célèbre parolière, Françoise Mallet-Joris, dont elle sera la compagne de 1970 à 1981. En 2020, atteinte d’un cancer, et alors qu’elle se produit encore sur scène (son récital d’adieu aux Folies Bergères date de 2024), elle publie Comme si tu étais toujours là, magnifique hommage à son ancienne compagne décédée en 2016.

« CUISINER ET DIRE JE T’AIME… »

L’autre départ qui m’a marqué à la toute fin de l’été concerne le fondateur de la communauté monastique de Bose, en Italie : Enzo Bianchi. En 2016, je garde souvenir d’une magnifique session organisée là-bas avec le magazine Panorama autour de « L’imaginaire et la foi ». Deux ans plus tard, nous recevions Enzo au Prieuré de Malèves-Ste-Marie. Une journée exceptionnelle qui allait déboucher sur un voyage qui le serait tout autant puisqu’en 2019, nous sommes soixante à rejoindre Bose pour y vivre avec Enzo et ses frères quelques journées intenses et le souhait – déjà ! – de « Redonner goût aux rites ». Et de goûter aussi à la cuisine d’Enzo ! « Cuisiner et dire je t’aime signifient la même chose », répétait-il souvent. La suite sera plus douloureuse.

Enzo et quelques frères vont quitter Bose après des années d’une situation tendue et blessée qui ne trouvera d’issue que dans la séparation. Un lent, trop lent chemin de réconciliation était en marche. Le décès de frère Enzo au matin du 1er septembre dernier ne permettra pas de le concrétiser jusqu’au bout, même si les échanges de courrier entre Enzo et Sabino, l’actuel prieur, indiquaient une heureuse direction. « Trouvons une voie pour que je puisse mourir en paix, réconcilié avec vous, écrit Enzo en août, et soyez dans la joie et dans l’espérance. Avec ma fidèle affection. » À quoi Sabino lui répond : « C’est avec joie que j’accueille ta demande. Il est bon que nous nous voyions. Je t’embrasse. »

Malheureusement, juste après cet échange, Enzo sera hospitalisé d’urgence. La rencontre espérée n’aura pas lieu. Mais ce désir bien réel, « il se réalise maintenant, écrivent ses frères, dans les mains de Dieu ». Merci Enzo. Je revis les beaux moments partagés avec toi « comme si tu étais toujours là ».

Gabriel RINGLET

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