Réservé aux abonnés : Un journal, relais de la solidarité

Réservé aux abonnés : Un journal, relais de la solidarité

Les subventions aux associations ont fondu comme neige au soleil, mais pas les besoins. Générations solidaires, un appel à projets porté par le média L’Avenir et la Fondation Roi Baudouin veut combler une place laissée vide et démontrer l’importance d’une entraide en société.

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28 octobre 2026

· Mis à jour le

28 octobre 2026
plusieurs personnes tenant un chèque
© J.Duchâteau/EDA

« Je me suis sentie comme à Cannes avec une Palme d’Or ! » Stéphanie Seutin se souvient parfaitement de la fierté qui l’a traversée en juin 2023. L’association Un toit un cœur, dont elle est la coordinatrice, remportait le grand prix Générations solidaires. Cette consécration, qui l’a d’abord étonnée, a été obtenue grâce à l’appel à projets porté par le média L’avenir et soutenu par la Fondation Roi Baudouin. « Personne ne nous connaissait, alors remporter le premier prix, on ne s’y attendait pas ! Et puis, on ne se rendait pas compte du boulot qu’on fournissait », poursuit Stéphanie, engagée à Louvain-la-Neuve dans l’accueil et l’accompagnement de personnes sans-abri. 

Dans les pas d’Un toit un cœur, trois ans plus tard, l’association Le Bar à Soupe, implantée à Dinant, a également été lauréate.« Générations solidaires s’intéresse à toutes les initiatives sociales, solidaires et citoyennes. Alors, on a déposé un dossier car on s’inscrivait dedans », explique Thérèse de Reuck, sa présidente, active dans l’accueil de public précarisé. Les projets présentés ne sont pas pour autant limités à des champs précis de la solidarité. En 2025, l’ASBL Come to Be, engagée dans la défense des migrants LGBTQIA+ s’est vue devenir grande lauréate, tout comme l’Accueil en milieu ouvert (AMO) Reliance en 2024, pour son atelier bois mêlant seniors et jeunes en décrochage scolaire.

DE 117 À 4

Katel Freson connaît bien toutes les associations candidates à Générations solidaires ainsi que les lauréates. Depuis 2017, cette journaliste de L’Avenir travaille, pour une bonne partie de son temps, à faire vivre cet appel à projets. « Notre média multiplie depuis toujours les reportages à la rencontre des acteurs de terrain, explique-t-elle. C’est de ces expériences quotidiennes qu’est née l’envie de s’inscrire dans la continuité du déclic citoyen et associatif, avec une démarche leur offrant une autre visibilité. » Une volonté devenue rapidement réalité grâce à la coopération de la Fondation Roi Baudouin.

Depuis presque dix ans, l’appel à candidatures s’ouvre en janvier pour trois mois. « Il y a trois critères principaux : l’association doit déjà exister, elle doit avoir des répercussions locales et réplicables. Parmi les dossiers reçus, la présidente du jury et moi en sélectionnons une partie qui est ensuite présentée au jury et évaluée en un mois selon une grille qui revient sur plusieurs points : l’exemplarité du projet, sa communication, son volet solidaire, innovant, etc. Et finalement, les dix projets les mieux classés sont retenus. »En 2026, 171 associations ont postulé, 75 ont été présélectionnées et 32 ont obtenu un score supérieur à 70%. Un record. Au démarrage, 17 dossiers étaient déposés auprès de Générations solidaires.

Les lauréats sont choisis selon l’ADN de L’Avenir. « Des membres du jury m’accompagnent pour rencontrer les dix associations restantes, pendant trois semaines. »Cette visite de terrain rend enfin concrets des dossiers numériques manquant d’interactions humaines. En juin, le verdict tombe. Quatre prix sont octroyés, allant de 2500 à 7500€, ainsi qu’un prix du public et trois autres de 500€ accordés à des initiatives au sein d’écoles.

PALLIER LES MANQUES

« Je lis plus de cent dossiers par an. Et à chaque page, je vois le monde selon un optimisme qui lui fait défaut. Je le vois à travers ceux qui rendent la vie des autres plus sereines, plus conviviales et chaleureuses, confie Claire Lobet, la présidente du jury depuis deux ans et professeure universitaire retraitée. Générations solidaires raconte la magie des engagements, loin des fanfares politiques et au plus près de la gentillesse des gens. »Katel Freson corrobore : « On a besoin de ces acteurs qui, dans les médias, sont davantage évoqués par le prisme de ce qui ne va pas dans le système, plutôt qu’à travers le positivisme, en montrant ce qu’ils portent sur leurs épaules et ce qu’ils résolvent. »

C’est là tout l’objectif de cet appel à projets : offrir une reconnaissance, une visibilité et des moyens à ceux qui militent au quotidien pour la dignité de la société. « On éclaire les invisibles, ceux qui accompagnent et ceux qui sont accompagnés, quand la baisse de subsides va dans le sens inverse », résume Claire Lobet. Sur le terrain, les besoins ne cessent de croître, sans qu’aucune réponse étatique ne soit véritablement apportée. « Je suis désolée que Le Bar à soupe fonctionne aussi bien, car ça reflète la précarisation des gens, indique Thérèse de Reuck. Générations solidaires remplace les institutions, qui devraient faire ce que font les associations. »

BOUFFÉES D’OXYGÈNE

Les prix remportés sont effectivement de véritables bouffées d’oxygène pour les associations, les subsides étant réduits à peau de chagrin. « Le dépôt de 171 dossiers devrait interpeller les pouvoirs publics, mais ce n’est pas le cas », regrette Thérèse de Reuck, qui cherche chaque année 25 000€ pour faire tourner son association et compte uniquement sur des clubs privés. Stéphanie Seutin, elle, a besoin de 190 000€, dont 74 000 sont apportés par la Région et la Province et 41 000 par le Forem. « On risque de les perdre, et d’une année sur l’autre, on ne sait jamais si on aura une enveloppe. On court après les moyens. Alors, sans les appels à projets comme Générations solidaires, on n’existerait plus. »

L’enjeu est ailleurs pour les écoles qui, chaque année, présentent leurs projets. Line Brunet est professeure à l’Institut Sainte-Ursule à Namur. Le Café Alzheimer qu’elle a monté avec une collègue a remporté le prix de la catégorie scolaire en 2024. Les deux femmes se sont formées auprès de la Ligue Alzheimer pour initier ce café qui est un temps d’échange et de partage entre, d’une part, des 5e et 6e en section aide familiale et, d’autre part, des personnes atteintes par cette maladie ainsi que leurs aidants proches au sein de l’établissement.

« Nous avons décidé de participer à Générations solidaires pour que le Namurois soit mis au courant de l’existence du café et entretenir la dynamique en recevant plus de monde, explique l’enseignante. C’était également une mise en avant de notre établissement et de sa section, puisqu’on remarque qu’aujourd’hui, les familles choisissent aussi en fonction des options et des projets. »Une démarche “un peu marketing” que regrette néanmoins Line Brunet, voyant l’école s’apparenter au secteur marchand en devant “se vendre” pour attirer. Malheureusement, le café Alzheimer de l’Institut Sainte-Ursule a fermé ses portes depuis, après le départ en retraite de sa collègue. « C’est aussi à cause du manque d’investissement et de motivation des élèves, qui prenaient cela pour un temps récréatif et non pédagogique. »

UNE ÉMULSION COLLECTIVE

La visibilité donnée aux acteurs est permise par la notoriété du média aux manettes de Générations solidaires et à son maillage territorial. L’Avenir offre ainsi une vitrine au secteur associatif, au-delà de l’appel à projets. Car, après avoir sillonné les provinces, Katel Freson prend sa plume pour rédiger un supplément d’une vingtaine de pages distribué gratuitement fin juin avec le journal. Le contenu – augmenté de vidéos – est parallèlement disponible en ligne, sur le site du quotidien, mais aussi sur celui exclusivement réservé à la structure. La portée de ces différents canaux dépasse le nombre de lecteurs quotidiens, estimés à 450 000.

Pour aller encore plus loin, Katel Freson a récemment initié les Cafés Générations solidaires. « Ce sont des tables rondes qui portent sur une thématique, auxquelles participent des associations de tous horizons qui se rassemblent autour d’enjeux similaires ou croisés. Ce sont de vraies sessions de travail, de réflexion et de synergie », précise-t-elle, donnant vie à ce que l’on pourrait appeler un incubateur d’idées solidaires. Le prochain rendez-vous aura lieu au Moulin de Biez à Grez-Doiceau, le 4 décembre. « On prévoit cette fois l’intervention d’un expert en recherche de fonds pour aiguiller les associations parfois perdues. »

Tout ce que Générations solidaires met en place a toutefois un coût. « Et ce n’est pas le média L’Avenir qui finance, on le sait en difficulté. Ce sont des partenaires », confirme Katel Freson, consciente de la fragilité du dispositif à l’aube du rachat du groupe IPM – propriétaire du quotidien régional – par Rossel, synonyme de plan social et de lourdes économies. Pour l’heure, huit sponsors permettent le maintien de l’appel à projets, dont les Provinces du Hainaut et du Brabant wallon, la Fédération Wallonie-Bruxelles et des acteurs privés. « Générations solidaires, c’est un pacte sociétal qui repose sur une forme de journalisme de solutions qu’il ne faut surtout pas voir disparaître ! »La sauvegarde des liens et de l’entraide repose, ainsi et sans aucun doute, sur l’engagement obstiné de ceux qui font société quand les institutions détournent bien souvent le regard.

Léa DELAPLACE

  generations-solidaires.be/

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