Réservé aux abonnés : Honorer nos ancêtres et nos descendants
Réservé aux abonnés : Honorer nos ancêtres et nos descendants
La méditation peut aussi nous relancer dans la volonté de laisser à nos descendants un monde plus juste, moins injuste, plus fraternel, moins agressif.
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Vivant dans les tourbillons contemporains, nous perdons les fils qui nous tissent. Nous oublions d’où nous venons et où nous allons. La méditation nous amène à revenir à nous-mêmes, à expérimenter notre être-dans-le-monde, à revenir aux conditions de notre existence. Asseyons-nous et concentrons notre esprit sur ces liens.
Nous sommes les produits, les processus issus d’un nombre incalculable d’interactions entre particules, atomes, molécules, cellules, végétales, animales, de paroles d’humains, d’angoisses de survie, d’espoirs de continuation, de recherche de reconnaissance, de peurs de manquer. Nos corps, nos sentiments, nos pensées ont été forgés dans des éducations, des socialisations, des continuations et des modifications qui nous ancrent dans une animalité et une humanité dont nous perdons régulièrement le souvenir.
SE RÉANCRER
Nous avons pu peut-être reconstituer une partie des sentiments, des croyances de nos parents, voire de nos grands-parents, de nos ancêtres biologiques, nourriciers, spirituels, intellectuels. Nous pouvons prendre conscience de l’interrelation forte entre nos pensées et ce que nous avons reçu depuis bien avant notre naissance, par la continuité de l’histoire humaine.
Ce mois de novembre, dans nos pays de latitude tempérée, avec la chute de feuilles, offre l’occasion de se réancrer dans ce que nous avons reçu, bon gré mal gré, en positif et en négatif, de nos prédécesseurs sur cette planète. Nous pouvons aussi bien honorer la continuation des lignages et les descendants que nous ne connaitrons pas mais qui hériteront de nos bienfaits et de nos erreurs, de nos angoisses et de nos espoirs. Nous pouvons méditer sur ceux qui nous suivront et sur ce que nous leur léguons.
RELANCE DANS LA DOUCEUR
Nous sommes impermanents et nous pouvons cependant nous inscrire dans une continuité reliant le passé et le futur, en tentant de prendre conscience des émotions que nous transmettons, de l’énergie que nous rayonnons, de la protection que nous offrons ou des fragilités que nous portons.
La cérémonie des “touchers de la terre” donne l’occasion de se prosterner physiquement et de se laisser symboliquement prendre conscience des lignées dans lesquelles nous nous inscrivons, comme descendants et ascendants, au milieu d’un océan d’interactions humaines. L’humilité au sens étymologique permet de transcender le “soi”.
Que deviendront nos tensions, nos tracas dans huit générations, dans deux cents ans ? Cette question peut nous permettre de relativiser les conflits et les tensions que nous ressentons. La méditation peut aussi nous relancer dans la volonté de laisser à nos descendants un monde plus juste, moins injuste, plus fraternel, moins agressif. Et cette relance peut se faire dans la douceur et l’acceptation de ce qui nous entoure. Transformer ce qu’on peut changer et accepter ce qu’on ne peut changer.
INTER-ÊTRE
L’impermanence et le “non-soi” (le fait que nous sommes constitués d’éléments qui ne sont pas nous mais qui, ensemble, nous constituent comme entité) peuvent devenir des occasions de méditation nous permettant de nous relâcher, de nous déprendre de nos “énergies d’habitude”, de nos inquiétudes, de lâcher prise, de nous permettre de cesser de vouloir tout contrôler. Ne pas poursuivre un but à tout prix mais y mettre une énergie appropriée.
Le bouddhisme, comme beaucoup d’autres philosophies, met en avant l’inter-être et la recherche de la sérénité, l’un n’allant pas sans l’autre. Que les temps de brumaire nous aident à revenir à nous-mêmes, à nos émotions, à nos souffrances, à celles de nos prédécesseurs, à celles de ceux qui seront ici après nous et à celles de nos contemporains.
Pierre VERJANS
Administrateur de l’Union Bouddhiste de Belgique
