La marche pour la paix, d’Orval au pied des Vosges

La marche pour la paix, d’Orval au pied des Vosges

237 kilomètres, 17 jours et 16 haltes : au fil de leur cheminement, physique et intérieur, les marcheurs et marcheuses ont notamment traversé les champs de bataille de Moselle et rencontré une Portugaise semblant issue d’un autre temps. Après un premier article présentant l’ensemble du projet, “L’appel” poursuit la chronique de ce périple de quatre mois des Pèlerins de la paix jusqu’à Sarajevo.

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Publié le

4 juin 2026

· Mis à jour le

5 juin 2026
Un drapeau de pèlerinage avec des Candaux de plusieurs couleurs
© Pèlerins de la paix

D’Orval à Mercy-le-Haut, de Lommerange à Plesnois, de Scy-Chazelles au Centre Béthanie à Gorze, de Dieuze à Niderhoff, la marche, souvent silencieuse, permet à la communauté de mesurer ses énergies, de les ajuster pour aller à l’essentiel. « C’est très très fort ce que l’on vit. Très beau, très intense. Plein de sens. En même temps, une grande simplicité, commente Nikita Stampa, coordinateur du projet. Car c’est également un chemin de simplification. La conclusion de la première semaine a été dans ce sens. Le premier bilan a permis ces ajustements pour doser les temps pour soi, pour le sommeil et pour le collectif. L’importance aussi de garder le silence en avançant et ne revenir aux échanges que durant la dernière heure de marche. Le projet est vivant et s’adapte en cheminant. Son cadre clair lui permet du coup de s’inventer à chaque instant. »

« Se rappeler que notre grand rituel demeure celui de la “marche en présence” qui tente de se relier à plus grand que soi. Ramener l’énergie collective, la rassembler dans cette force d’intention. Une autre dimension c’est l’accueil toujours magnifique aux lieux de passage. Voir à quel point les personnes sont touchées par notre démarche. On ressent cette aspiration commune à la paix et cela nous encourage. C’est une énergie donnée et reçue dans des choses très simples, c’est cela qui me frappe. »

MOMENT DE PAUSE ET D’ACCUEIL

Cette fin de deuxième semaine voit partir une portion du groupe et arriver de nouveaux membres-pèlerins. Le dimanche marque une pause hebdomadaire régulière et bienfaisante permettant un repos, un recul, un cercle de parole particulier qui fait le point. Ce deuxième dimanche, moment d’accueil des dix pèlerines et pèlerins qui resteront une semaine ou deux, peut-être trois pour certain·es. En quatre mois, une bonne centaine de personnes participeront d’une manière ou d’une autre à l’aventure. Ce temps d’arrêt à Niderhoff est l’occasion de rassembler/relire ce qui a été vécu et de vivre la métamorphose de la petite communauté. Échanger sur les élans respectifs. Dire au revoir et accueillir. Rythme du chemin. « Une transition qui demande soin et douceur. »Le soir, autour du feu, l’accordéon de Romain adoucit ce temps de transition avant demain : les Vosges et leurs rondeurs boisées. 

Après une nuit réparatrice, un temps d’intériorité, un bon repas et l’écoute de l’intention/orientation du jour, le groupe s’étire avec sa force tranquille sur des sentiers et des routes préparés chaque fois avec soin par les deux responsables-guides-bergers du jour. L’énergie matinale, comme les bruits des oiseaux et de la nature, remplit ses poumons d’un air de vie. Porté par les pas d’hier et vivifié par les échanges internes et les rencontres vécues, il prend des allures de caravane et s’élance à pas constants vers ce que l’aujourd’hui lui offre. Il sait que la soirée sera repos et convivialité concoctés par les deux cyclistes et la camionnette déjà partis en éclaireurs pour trouver un hébergement (prairie ou habitation offerte) et préparer la nourriture. « Ceux-là sont les tisserands de notre groupe, précise Nikita Stampa. Ils sont notre lien avec le monde. Ce rôle a émergé avec clarté au fil de ces premiers quinze jours. Leur intention est de nouer les liens indispensables avec les habitants des lieux parcourus. Ils expliquent notre démarche. C’est fondamental. » 

APPEL A L’INTROSPECTION

Chaque journée est une découverte. Patricia évoque « les plateaux ondulés et les vallées ouvertes qui se succèdent. Les cultures céréalières qui côtoient prairies et bois. Des points de vue qui offrent de larges perspectives où nos regards se perdent. (…) Marche silencieuse le plus souvent et en “flèche”, nos pas dans ceux des précédents. Appel à l’introspection. Nous prenons ce qui vient à nous. Dans les villages traversés, des signes amicaux et nos sens émus par l’intensité et la diversité du Vivant qui nous entoure. » 

Le 9 mai, par exemple, les pèlerins et pèlerines passent devant la maison de Robert Schuman, puis chantent près de sa sépulture. Un autre jour, ils marchent avec conscience sur d’anciens champs de bataille en Meurthe-et-Moselle. Leurs pas s’arrêtent pour honorer les défunts et les victimes de deux guerres qui ont particulièrement meurtri ce territoire.À l’occasion d’une visite chez l’habitant, ce sera le don d’une présence, d’une écoute fraternelle suivie de chants d’une partie du groupe pour entourer, dans l’intime, une situation de peine ou d’épreuve familiale. Une autre fois, le chant clame gratuitement la joie d’avancer… Nikita souligne : « Ce sont de petites choses aussi vécues en simplicité avec des personnes rencontrées. Cela me fait penser à la parabole du grain de moutarde. C’est tout petit ! Mais on est touchés mutuellement. Il y a tellement de force d’amour partagé. »

UNE RENCONTRE DE CŒUR 

Chaque soir, le cercle de parole – bâton au centre – décide qui seront les deux guides qui prépareront le chemin et deviendront ainsi les “bergers” de tête le lendemain. Ils sont en liaison attentive avec la bergère ou le berger qui ferme la marche. Ces trois personnes sont comme des veilleurs ou des anges gardiens. Elles encadrent, guident et encouragent au besoin. Tout a été préparé la veille et, à cette heure de remise en marche, le corps et l’esprit peuvent œuvrer à s’unifier.

Parmi les nombreuses surprises et les étonnements de la route, il y a eu cette femme portugaise qui semblait surgir d’un autre temps pour regarder les pèlerins avec profondeur et amour. « On sortait du village de Beuveille, on rentrait dans les champs et on voit au loin sur le sommet du chemin une femme qui vient vers nous, attentive. Comme une apparition. Évoquant une veuve méditerranéenne – ce qu’elle était – elle marchait vers nous et nous on marchait dans notre silence du matin en colonne. Elle s’est arrêtée avant même qu’on ait un échange, elle a joint les mains et elle a senti qu’on était des pèlerins en fait, elle l’a vu. Elle a dit : “Fátima !  Fátima !” Elle a commencé à parler, mais pas en français, ce qui renforçait l’étrangeté. »

« Elle vivait dans un petit village depuis des années au milieu de la France profonde et elle ne s’exprimait qu’en portugais. Elle nous a parlé du pèlerinage de Fatima où elle a été cinq fois avec son mari, cela a été une rencontre très forte. Un peu poétique/onirique qui faisait penser à un film de Buñuel, comme une porte qui s’ouvre sur un autre espace-temps. Une rencontre de cœur, là où nous étions. Elle sentait et comprenait ce que nous vivions et elle nous bénissait par sa présence. On est tous sortis de là très touchés. »

ACTE INITIATIQUE

Parfois, le son d’une flûte scande la progression et donne aux pèlerins une nouvelle légèreté. C’est un cadeau de plus sur la “route qui se crée”. Les chants d’oiseaux sont doubles : ceux qui viennent des arbres ou du ciel et puis les autres – imités – que la bergère ou le berger fermant le groupe envoie de son appeau vers les guides de l’avant pour informer la tête de la colonne. Alors plusieurs s’écoutent ou se parlent intérieurement : « Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde. » C’est Gandhi lui-même qui effleure leurs pas ou marche avec eux. « Ce pèlerinage de paix est d’abord un acte initiatique. Personnel. Singulier. Un chemin de connaissance de soi par lequel chacune et chacun de nous est invité à remonter vers la source de la vie en elle, en lui. »

Michel DESMARETS

Le site du projet :  pelerinsdelapaix.com/

Suivre les pèlerins sur Polarsteps :  polarsteps.com/PeacePilgrims

Sur YouTube :  youtube.com/@peacepilgrim-y1c?si=0M8VQzq-qieFm7ib

Marcher avec eux depuis la Belgique :  pelerinsdelapaix.com/en-lien-depuis-la-belgique

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