Quentin Debois : l’Atlantique à l’épreuve de ses valeurs

Quentin Debois : l’Atlantique à l’épreuve de ses valeurs

À 38 ans, Quentin Debois a fait de la course au large son métier. En janvier, le skipper belge a battu le record de traversée de l’Atlantique d’est en ouest en solitaire sur un Mini 6.50. Cet été, il s’est attaqué à l’autre sens, de New York à l’Angleterre. Deux défis qui mettent en lumière ce qui l’anime : ténacité, résilience, attachement à la Belgique et héritage familial.

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30 septembre 2026

· Mis à jour le

30 septembre 2026
Photo de Quentin Debois sur son bateau devant la statue de la liberté
© Bjoern Kils

« Il faut oser y croire avant que ce soit certain. » La formule revient souvent chez Quentin Debois. Elle résume assez bien sa manière d’aborder les projets dont l’issue n’est pas écrite. Non par goût de l’imprudence, mais parce que l’incertitude oblige à apprendre, préparer, décider et continuer sans disposer de toutes les garanties.

En 2026, il s’est fixé un défi à la mesure de cette conviction : battre, dans la même année, les deux records de traversée de l’Atlantique en solitaire sur un voilier de 6,50 mètres. La première manche est remportée. Parti de Cadix le 6 janvier, il a atteint San Salvador, aux Bahamas, après 24 jours et 19 heures de navigation, soit plus de six jours de moins que le précédent record. Restait le trajet inverse, de New York à Lizard Point, en Angleterre. Temps à battre : 17 jours et 10 heures.

DÉPRESSION ET ANTICYCLONE

Au moment où il raconte son projet, le Belge attend encore à New York. Depuis plus de deux semaines, chaque journée commence par le même exercice : regarder le ciel à plusieurs milliers de kilomètres de là. Son routeur, Basile Rochu, confronte une à deux fois par jour différents modèles météorologiques. Il faut d’abord qu’une dépression née près de la côte américaine puisse l’emmener vers le milieu de l’Atlantique, puis qu’un anticyclone des Açores suffisamment bien placé prenne le relais et le pousse vers les côtes anglaises. La visibilité n’excède guère une dizaine de jours et le départ ne peut être confirmé que moins de vingt-quatre heures à l’avance.

Le marin, lui, doit pouvoir appareiller presque immédiatement. Quatre heures lui suffisent pour remplir ses bidons d’eau, embarquer quelques fruits et nettoyer une dernière fois la coque afin qu’aucune algue ou salissure n’entrave sa glisse. L’attente ne l’impatiente pas outre mesure. Elle faisait partie du projet dès sa conception. Après deux années de préparation, quelques jours de plus pèsent peu si la fenêtre météo augmente les chances de réussite. « Il ne faut jamais s’attendre à un succès. Il faut le préparer et se mettre dans les meilleures conditions possibles pour pouvoir le déclencher. »

L’ÉDUCATION À BORD

Cette manière de faire n’est pas née sur un bateau. Quentin Debois a grandi à Marchin, dans une famille où on lit L’Appel. Né à Huy, il reste attaché à cette région. Sa mère a été institutrice maternelle. Son père, d’abord officier à la Force aérienne, est devenu colonel de réserve avant de travailler dans la formation et le coaching. Quentin les décrit comme « deux personnes très résilientes, très courageuses, de gros travailleurs, des gens qui ne se plaignent pas ».

Il y associe volontiers ses grands-parents. À ses yeux, une bonne partie de son tempérament vient de cette éducation familiale : « On ne baisse pas les bras, on n’abandonne pas. On accepte quand c’est dur, et on avance. » Son frère Brieuc, de six ans et demi son cadet, occupe une place particulière dans ce récit. Quentin le présente aussi comme son meilleur ami. Après des études d’économie, Brieuc a créé une entreprise dans l’alimentation bio. L’activité a duré près de cinq ans avant de s’arrêter, notamment dans le contexte du Covid. À presque 30 ans, il a alors repris un master universitaire après plusieurs années loin des auditoires. Son frère y voit une autre expression du même héritage : « Il faut pour cela une énorme dose de résilience et de courage. »

Avant la mer, cette famille lui transmet le goût de l’équitation. Son père est cavalier et pratique le concours complet. Quentin l’imite pendant près de dix ans, jusque vers 23 ans. Dressage, saut d’obstacles et surtout cross : la discipline l’habitue à la compétition et à un risque qui ne relève déjà pas de l’abstraction. Sur les parcours de cross, les obstacles naturels ne tombent pas ; une faute peut entraîner la chute du cheval et du cavalier. Il abandonne ensuite la compétition lorsque le travail prend davantage de place. Sur le moment, il ne mesure pas ce qui lui manque. Il ne s’en rend compte qu’une dizaine d’années plus tard, lorsque la voile lui rend ce goût du défi sportif.

LE GOÛT D’ENTREPRENDRE

Les études le conduisent à Namur puis à Bruxelles. Il suit le bachelier en ingénieur de gestion aux Facultés de Namur, dont il apprécie la dimension humaine, puis choisit Solvay, à l’ULB, pour suivre un master entièrement en anglais. La fibre entrepreneuriale se révèle avant même la fin des études. À l’ULB, il rejoint l’équipe de la Nocturne, grand rendez-vous étudiant. Chargé des partenariats, il recherche sponsors privés et subsides publics, puis devient vice-président de l’ASBL. L’expérience lui apprend à présenter un projet, convaincre et trouver les moyens de le financer.

En septembre 2010, encore étudiant, il crée avec un ami Event Channel, active dans le marketing événementiel. L’entreprise organise des événements pour des marques et des sociétés. Une autre structure suivra, TeamPlan, spécialisée dans le recrutement de jeunes profils pour des stages ou de premiers emplois, surtout dans les métiers commerciaux, du marketing et de la communication. Les projets se succèdent sans que Quentin ait encore la moindre idée qu’un bateau finira par occuper le centre de sa vie professionnelle.

Une première brèche s’ouvre pourtant en 2017. Event Channel organise alors une série de conférences destinées à des entrepreneurs et dirigeants. Parmi les intervenants figure Tom de Dorlodot, parapentiste belge habitué des expéditions lointaines. Il y établit des liens entre entrepreneuriat et sport extrême et raconte ses voyages à travers le monde. Quentin l’entend quatre ou cinq fois, devant des publics différents. Chaque fois, il écoute avec la même attention. « Je me disais que tout cela était formidable, toutes ces aventures, sans trop savoir que faire de cette pensée-là. » Le désir est là, encore sans destination précise.

LE CHOC DE LA MER

Un an plus tard, en 2018, un ami l’emmène à la mer du Nord et lui fait essayer un petit catamaran au Royal Belgian Sailing Club de Duinbergen. Rien, ce jour-là, n’a l’allure d’une révélation confortable. Il y a du vent, des vagues, de la pluie. Le bateau se retourne deux fois et l’équipage boit la tasse. Pourtant, le débutant éprouve immédiatement quelque chose qu’il avait perdu au fil des années de travail : une « reconnexion avec le monde physique », dit-il, et avec la nature.

La semaine suivante, il revient prendre son premier cours. Puis il retourne pratiquement chaque semaine, pendant un an, sur le même type de petit bateau. Très vite, le rivage ne lui suffit plus. Il veut comprendre comment naviguer plus loin et sur des unités plus grandes. Deux amis, marins depuis l’enfance, l’emmènent avec eux et lui mettent le pied à l’étrier. La voile, découverte presque par hasard, prend rapidement une place que rien ne laissait prévoir.

Il complète cet apprentissage par deux stages aux Glénans. Fin 2021, il rejoint surtout un centre d’entraînement à La Turballe, en Loire-Atlantique. Pendant deux ans, sorties et courses qualificatives lui apprennent les réflexes de la course au large : météo, sommeil, réglages, réparations, sécurité et prise de décision sur plusieurs jours.

APPRENDRE AVANT DE PARTIR

Le projet qui l’a conduit jusque-là a pris forme pendant le confinement. Quentin et les deux amis qui lui ont fait découvrir la voile échangent un jour en visioconférence. Sans s’être concertés, tous trois viennent de regarder la même vidéo consacrée à la Mini Transat, cette traversée de l’Atlantique en solitaire sur des bateaux de 6,50 mètres. La réaction est identique : ils veulent la faire. Pour ses deux amis, navigateurs expérimentés, l’objectif demande une préparation spécifique. Pour Quentin, il s’apparente presque à un changement de catégorie. Il ne navigue alors que depuis un an et demi et se décrit lui-même comme un « super débutant ».

Trois années séparent cette décision du départ de la Mini Transat 2023. Le parcours de qualification impose une progression méthodique : courses de deux jours, puis quatre ou cinq, puis huit, avant une épreuve d’une dizaine de jours des Sables-d’Olonne aux Açores et retour. À mesure que les distances s’allongent, il apprend son bateau et rencontre des conditions très différentes. Au départ de la transatlantique, le novice a accumulé deux années d’entraînement intensif.

Reste à financer l’aventure. Les trois amis abordent la question comme des entrepreneurs et testent plusieurs pistes : fabriquer des portefeuilles dans d’anciennes voiles du Vendée Globe, afin de garder « un morceau d’histoire » dans sa poche, ou créer un réseau de producteurs artisanaux proposant ponctuellement leurs produits en ligne. Les modèles économiques ne tiennent pas, mais les essais révèlent leur réflexe : face à un obstacle, chercher d’abord une solution à construire eux-mêmes.

Quentin trouve finalement une formule plus réaliste. Avec Genoa, société de consultance en automatisation des ventes, il transpose à d’autres entreprises des méthodes commerciales utilisées dans ses activités précédentes. La structure finance sa préparation à la Mini Transat tout en lui laissant la liberté géographique et le temps nécessaires pour s’entraîner. La transformation suivante intervient lorsqu’il décide de professionnaliser réellement sa pratique sportive. À partir de 2024, Genoa associe à la consultance une seconde activité, celle d’écurie de course au large. Puis la première disparaît progressivement. Depuis le début de 2025, l’entreprise ne se consacre plus qu’aux compétitions et aux projets de Quentin. La logique change : la voile n’est plus financée indirectement par un autre métier ; elle doit désormais vivre du sponsoring sportif. Le budget du projet prévoit son salaire, indispensable pour qu’il puisse s’y consacrer à temps plein. « On peut en vivre. Ce n’est pas simple, mais il fallait pouvoir se concentrer à 100 % sur le projet. »

UNE TRANSAT POUR SAVOIR

La Mini Transat 2023 a précisément servi de test grandeur nature. Ses deux amis terminent dans le premier tiers des quelque soixante concurrents de leur catégorie. Quentin se classe dans le dernier tiers. Il ne le vit pas comme un échec. Après cinq années seulement de voile et deux ans de compétition, son objectif est d’abord d’arriver de l’autre côté. Surtout, les jours passés sur l’Atlantique apportent une réponse à une question plus intime : veut-il réellement faire de cette discipline sa vie ? La réponse est positive, y compris dans les moments difficiles. « Les bons et les mauvais moments, cela m’allait bien. » Pendant la seconde étape, le règlement interdit toute communication avec la terre. Une balise de détresse existe pour l’urgence ; la radio, elle, ne porte que sur quelques dizaines de kilomètres. Lorsque la flotte s’étire, les autres bateaux disparaissent rapidement de l’horizon et de la portée radio. Quentin estime être resté treize jours sans parler à personne. Pas d’internet, pas de téléphone, pas d’écran. Au bout d’un moment, il finit par se parler à lui-même, d’abord intérieurement puis à haute voix.

Cette solitude l’étonne presque. À terre, elle ne lui ressemble guère. Il recherche ses amis, sa famille, les échanges professionnels, le travail en équipe. En mer, elle ne lui pèse pas. « J’ai découvert que cela me convenait bien. » L’expérience renforce l’envie de continuer. En 2024, il dispute encore une saison sur le même bateau et refait certaines courses du cycle Mini. Cette année de transition voit aussi apparaître l’idée du double record de l’Atlantique.

SIGNER POUR DES PROBLÈMES

Une tentative de record diffère profondément d’une course classique. Aucun concurrent ne suit une trajectoire voisine pour porter assistance en cas de difficulté et aucune direction de course ne surveille en permanence le bateau. Les secours restent possibles, mais plus lointains. Cette absence d’encadrement impose davantage de préparation, pas davantage d’improvisation. Quentin insiste sur cette nuance. Le risque fait partie de la course au large et peut même contribuer à son attrait, mais il doit rester « calculé » et « contrôlé ». Les procédures de sécurité se travaillent comme le reste. L’équipement est pensé, testé, redondant. « Il y a toujours un plan A, puis un plan B, puis un plan C, puis un plan D, puis un plan E. » L’aventure ne consiste donc pas à rechercher volontairement une situation dangereuse ; elle consiste à préparer suffisamment l’incertain pour être capable d’y répondre.

Derrière le solitaire apparaît d’ailleurs une équipe de sept personnes. Avant le départ, préparation technique, routage, météo, organisation et communication se construisent collectivement. En mer, Quentin peut échanger avec ses équipiers lors des tentatives de record, contrairement à la Mini Transat. Mais lorsqu’une pièce casse ou qu’une décision doit être appliquée, personne n’est physiquement à côté de lui. « In fine, il faut trouver les solutions soi-même. »

Cette nécessité rejoint un autre ressort de son parcours : savoir jusqu’où il peut aller. « De quoi suis-je capable ? » La question traverse la course au large, mais Quentin la retrouve aussi dans l’entrepreneuriat. Créer une société oblige déjà à avancer dans un environnement où rien n’est garanti, à faire vivre un projet, à résoudre des problèmes et à convaincre d’autres personnes d’y croire. Sur un bateau, le même type de tension se concentre simplement sur quelques jours ou quelques semaines.

La résilience, dès lors, n’a rien d’un mot posé après coup sur une réussite. « Tous les jours, il y a des problèmes à résoudre », rappelle-t-il : de petits soucis triviaux, d’autres plus sérieux, parfois de très gros. Il préfère les considérer comme une composante normale du trajet. « On a signé pour avoir des problèmes et rencontrer des obstacles. » Optimiste, il se veut aussi lucide et, surtout, « jamais défaitiste ». Là encore, il ramène la disposition à son éducation : accepter quand le chemin devient difficile, puis avancer.

CROIRE AVANT QUE CE SOIT CERTAIN

Cette ténacité a été mise à l’épreuve bien avant le départ de Cadix. Trouver les entreprises capables de financer le projet a demandé sept mois de démarches presque à temps plein : prises de contact, présentations et refus avant les premiers accords. Les futurs partenaires devaient se reconnaître dans les valeurs du projet tout en acceptant une aventure dont le résultat sportif restait incertain. Les premiers oui sont arrivés presque coup sur coup. Quentin retient surtout la confiance accordée alors que « rien n’était encore fait, que rien n’était certain » et qu’il « restait tout à construire ». Les partenaires n’achetaient pas la garantie d’un record ; ils entraient dans une histoire dont personne ne connaissait encore la fin. Voilà pourquoi sa formule favorite, « oser y croire avant que ce soit certain », dépasse à ses yeux la seule navigation. Il y voit un lien direct avec l’entreprise : l’audace ne supprime pas l’incertitude, elle permet de commencer malgré elle.

Son bateau porte d’ailleurs cette histoire. Le Mini 6.50 est le même que celui de ses premiers entraînements. Transformé et amélioré au fil de cinq années de navigation, il porte en course le nom d’Odigo, partenaire principal du projet. Sur ses papiers, il reste Les Poupoules, nom choisi par son premier propriétaire. Quentin, troisième propriétaire, ne l’a pas changé : la tradition maritime le déconseille, et le nom l’amuse.

LA BELGIQUE EN PAVILLON

Parmi les motivations qu’il cite, l’une dépasse le chrono : représenter la Belgique. Un drapeau noir-jaune-rouge flotte toujours sur le bateau. « La Belgique est un très beau pays, qui véhicule de très belles valeurs. Je suis fier d’en faire partie. » Il ne rattache cette fierté à aucune aide officielle et dit ne rien attendre en retour. Le geste tient davantage du sentiment d’appartenance. Un souvenir scolaire lui sert de repère. À l’Athénée Prince Baudouin de Marchin, où il a fait ses secondaires, une phrase attribuée au futur roi Baudouin était affichée dans le hall et invitait à penser non seulement à ses droits, mais aussi à ses devoirs. Des années plus tard, elle lui revient lorsqu’il parle du drapeau belge. Pour lui, pouvoir prendre part à des compétitions internationales après avoir grandi dans un pays comme la Belgique relève déjà d’une chance. Porter ses couleurs devient alors moins une obligation qu’une fierté.

La chance, il la distingue de l’attente passive. Il estime avoir eu celle de naître en Belgique et de grandir dans une famille qui a soutenu son frère et lui. Pour le reste, « il faut faire en sorte que la chance puisse arriver ». Cela passe par le travail et par la capacité à continuer lorsque les résultats tardent, comme durant les mois de recherche de sponsoring.

SEUL SUR L’EAU, ENTOURÉ À TERRE

Le contraste entre le marin seul sur son Mini et l’homme à terre revient souvent. Quentin ne se définit pas comme un solitaire. Il aime être entouré de ses amis, de sa famille et de ses équipes. La course en solitaire lui convient pourtant parce qu’un tel projet ne se construit jamais seul : préparation, partenaires et équipiers restent présents derrière chaque traversée.

Sa vie personnelle existe également hors du bateau. Il partage son quotidien avec une compagne et souhaite avoir des enfants. « Cela fait partie des projets », dit-il, sans les placer dans l’immédiat. Il ne sous-estime pas la difficulté de concilier une vie familiale et le métier de marin professionnel, surtout lorsque les compétitions imposent de longues périodes d’entraînement et d’absence. Mais il observe que nombre de skippers engagés sur des courses comme le Vendée Globe ont eux-mêmes une famille, parfois de jeunes enfants. L’équilibre n’est pas simple ; il ne lui paraît pas impossible.

LE VENDÉE GLOBE EN LIGNE DE MIRE

Car une autre aventure se prépare déjà. Quentin Debois veut participer au Vendée Globe 2028. Tandis qu’il se concentrait sur la seconde tentative de record, son équipe avait commencé à travailler au financement de ce projet d’une tout autre ampleur. La première saison de courses qualificatives devrait commencer début 2027 et l’ensemble du programme se prolonger jusqu’à la mi-2029, après le tour du monde. Le changement d’échelle se lit d’abord dans les chiffres : quatre millions d’euros à réunir sur deux ans et demi. La plupart des partenaires actuels ont manifesté leur intérêt pour poursuivre l’aventure, mais il s’agit surtout d’entreprises de taille moyenne. Pour franchir le pas, l’équipe doit encore convaincre un partenaire principal, probablement un grand groupe belge, ainsi que plusieurs autres entreprises. Six mois environ doivent permettre de savoir si le projet peut réellement démarrer.

Pour Quentin, les fondamentaux restent pourtant les mêmes. Il faut inventer un projet, convaincre des partenaires avant que tout soit assuré, réunir une équipe, préparer le bateau, se qualifier, puis naviguer. Le Vendée Globe ajoute l’échelle, la durée et le budget, pas une philosophie différente. « Les projets ambitieux sont des aventures collectives avant tout », dit-il, manière de rappeler qu’une course en solitaire reste, jusque dans sa préparation, un sport d’équipe.

Sa motivation tient aussi au désir de découvrir. Quentin se décrit comme très curieux. La voile lui offre des situations où, presque chaque semaine et parfois chaque jour, quelque chose arrive pour la première fois. « Quand est-ce que j’ai fait quelque chose pour la première fois pour la dernière fois ? » La question lui plaît parce qu’elle éloigne la routine. Avancer vers l’inconnu, puis consacrer toute l’énergie possible à le rendre réalisable : voilà ce qui le fait se lever le matin.

À terre comme sur l’Atlantique, le prochain chapitre reste donc ouvert. Pour le record comme pour le Vendée Globe, rien n’est acquis. Cela ne semble pas le gêner. Il retrouve simplement la phrase qui accompagne depuis le début son projet : « Il faut oser y croire avant que ce soit certain. »

Propos recueillis par Frédéric ANTOINE

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