Orlane accordée à elle-même
Orlane accordée à elle-même
À la fois autrice, compositrice, musicienne et danseuse, Orlane ne manque pas de cordes à son arc. À 27 ans, la Belge s’impose doucement comme une artiste émergente, engagée, dans l’industrie musicale francophone. Après des études de médecine et un passage remarqué dans The Voice Belgique, elle a choisi de se consacrer entièrement à la musique, sans plan B et en restant fidèle à ses convictions.
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« Je suis le jukebox de mes copines, c’est ancré en moi depuis toujours », confie Orlane à propos de sa passion pour la musique. Mais si devenir une artiste était un rêve d’enfant, la jeune femme de 27 ans originaire de Philippeville se destinait, jusqu’à il y a quelques années encore, à une carrière médicale. « Je proviens d’une famille modeste, étrangère tant aux univers de la musique que de la médecine. Toutefois, j’ai la chance d’avoir deux parents ouverts d’esprit qui, malgré leur séparation quand j’étais petite, m’ont toujours soutenue. Ils sont un peu comme mes meilleurs amis. »
Un soutien qui s’est révélé d’autant plus important lorsqu’elle a pris la décision de se lancer comme artiste en 2021. « The Voice Belgique m’a contactée durant mes études de médecine. J’ai décidé de participer à l’émission où je suis arrivée finaliste. C’est à ce moment-là que j’ai posé un premier pied dans le monde musical de façon plus professionnelle. » Une expérience qui ne l’a pourtant pas empêchée d’achever son parcours universitaire. Son diplôme traîne quelque part dans le fond d’un tiroir… « Depuis que je l’ai, j’ai mis ça de côté et je me concentre à 100% à la musique. J’ai envie d’avancer comme si je n’avais pas de plan B, parce que je sens que c’est vraiment ma place sur terre. »
À LA RECHERCHE DE SOI
Depuis, comme toute jeune artiste, Orlane a enchaîné les premières fois : sortie d’un EP puis d’un album (Aller-Retour en 2025), une première salle, une récompense (révélation aux NRJ Music Awards 2025), une tournée… « Plein de choses superbes. » Une expérience qui s’est bâtie en priorité sur la découverte d’elle-même. « Si, en école de médecine, on se met énormément de côté, dans mes premiers titres, je me cherchais surtout d’abord en tant qu’être humain. » Alors, elle a lu, est sortie, a rencontré des gens, elle a découvert, en somme, le monde autrement qu’à travers ses bouquins universitaires.
C’est également durant cette période qu’elle forge davantage ses convictions qui occupent aujourd’hui une place centrale dans son travail artistique. « Je prône et porte les valeurs du féminisme, les combats de la communauté LGBTQIA+ dont je fais partie, mais aussi la sororité et la confiance en soi. Je pense qu’il est très important de militer à travers mon art. » Son titre Amour pluriel s’inscrit pleinement dans cette vision.
Ces valeurs trouvent un terreau fertile dans l’éducation reçue. « Avec mes yeux d’adulte, je me rends compte que mes parents sont de gauche et m’ont transmis des valeurs telles que le respect, le partage, l’écoute, l’acceptation des autres, etc. Évidemment, quand j’étais jeune et que je découvrais ces valeurs, des mots n’ont pas vraiment été mis dessus, cela a été inconscient. »
BESOIN DE LIBERTÉ
Orlane n’est pas adepte d’une religion. Toutefois, elle croit en une forme de spiritualité, comme le karma, l’univers ou le destin. « Ma façon de penser irradie un petit peu mes chansons, sans que ça ait un impact significatif », commente-t-elle. Ce qui la caractérise avant tout est son besoin de liberté. Quand on lui demande ce qui lui donne envie de se lever le matin, elle ne cite pas un objectif précis ou un nouveau sommet à atteindre. Elle parle de la sensation d’être au bon endroit, de faire ce qu’elle aime et, surtout, d’avoir la maitrise de sa vie.
« J’ai un problème avec l’autorité, plaisante-t-elle. Je suis contente d’être ma propre patronne, parce que je suis plutôt sympa. » Derrière l’humour se cache pourtant un élément très sérieux dans sa vie : la possibilité de choisir sa trajectoire au lieu de suivre un parcours qui semble logique. Cette mentalité lui permet de n’avoir aucun regret à l’heure actuelle. « J’ai foncé aux bons endroits quand mon intuition me l’indiquait, et cela m’a réussi. »
Le secteur culturel, Orlane le sait, est fragile. Elle voit avec inquiétude les menaces qui pèsent sur la culture en Belgique et sur celles et ceux qui en vivent. Bien plus qu’une simple spectatrice bénéficiant du statut d’artiste, elle est directement concernée. « Je suis certainement utopiste, mais je nourris beaucoup d’espoirs qu’on n’enlève pas ce statut parce que l’art c’est la liberté. » Sans culture, elle pense que le monde serait fade. « Les gens ne réalisent pas à quel point c’est présent dans leurs vies. Sans culture, il n’y a plus de films, plus de théâtre, plus de musique. Il faut se battre pour la préserver. »
INDUSTRIE CAPITALISTE
Orlane dénonce également une industrie qu’elle qualifie de « capitaliste ». « Les labels ne signent plus pour des talents, mais pour des chiffres. Cela met une forme de pression qui est hyper-malsaine et dans laquelle on doit rester soi-même. Il faut plutôt être dans la course à l’authenticité que dans la course aux chiffres. » Cependant, elle est consciente que cela représente un travail difficile et de longue haleine. Un travail qui se joue également en ligne, sur les réseaux sociaux. « Aujourd’hui, si on n’exporte pas notre projet à travers les réseaux, les médias, etc. aux yeux de l’industrie, on n’est personne », estime-t-elle.
Elle pense néanmoins qu’il est nécessaire d’avoir un rapport sain et détaché avec les réseaux sociaux. Elle en a eu la triste confirmation lorsqu’elle a sorti son titre Amour pluriel dans lequel elle assume publiquement sa bi- et pansexualité. « Ça a fait parler et ça a permis de faire un tri dans mes abonnés. J’en ai gagné comme j’en ai perdu. » Une vidéo tournée avec son père sur ce sujet lui a valu une vague de commentaires haineux. « On s’est fait insulter. Le plus triste, dans tout ça, c’est de voir comment certaines personnes pensent encore », déplore-t-elle. Orlane en est aussi persuadée, le fait d’être une femme présente sur les réseaux sociaux attire plus de haine qu’un homme. Mais s’ils restent un monde où les femmes sont parfois prises pour cible, elle constate qu’une sororité s’installe de plus en plus dans le milieu artistique. « Cela fait beaucoup de bien, ça nous porte », apprécie la chanteuse, dont les inspirations musicales sont fortement féminines.
Commentaires haineux ou pas, Orlane ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Ses ambitions professionnelles sont claires : toucher le bon public. « Plus j’avance, plus j’ai simplement envie de faire de la musique qui me ressemble et toucher les bonnes personnes. Ce n’est plus une question d’ampleur ou de chiffres, même si, évidemment, on espère toujours que ça touche, pour que le projet puisse vivre et fonctionner. » Et son public pourrait se trouver aussi en France. Orlane n’exclut pas, en effet, d’y porter sa musique et ses valeurs, en n’oubliant pas, dans un coin de sa tête, son envie d’habiter dans une petite maison à la campagne avec des poules et y vivre en autonomie, mais toujours en réalisant son art.
Delphine GROTE
instagram.com/orlanemusique/
Album : Aller-Retour, PIAS
