
PALESTINIENS ISRAÉLIENS
Cette journaliste arabe née à Jaffa évoque, dans cette ville collée à Tel-Aviv, l’amitié entre un journaliste israélien appartenant à la gauche de son pays « en train de disparaître » et un cameraman palestinien hanté par le souvenir de sa grand-mère. Il y est surtout question de la difficulté de vivre de ses désormais quatre millions de concitoyens palestiniens, dont l’auteure imagine la disparition qui mettant le pays à l’arrêt, et qu’elle lie à leur histoire. Soit, à côté des drames vécus en Cisjordanie et à Gaza, une approche de plus de la question israélo-palestinienne, « alors que l’Histoire se compose de récits et que tous les récits ont une histoire ».(J.Bd.)
Ibtisam AZEM, Le livre de la disparition, Paris, Globe, 2026.
VIVRE EN TRANSCENDANCE
L’œuvre de François Cheng est une longue et constante exploration de l’expérience quotidienne de « l’aventure de la vie reliée sans interruption à la transcendance ». Sous prétexte d’un tableau offert par une descendante de Victor Hugo, il explore l’œuvre de ce géant pour faire découvrir combien l’élément central à ses yeux est bien l’âme « qui permet d’entrer en communion avec l’univers entier et de relier également les vivants et les morts ». Dans l’esprit de cette communion, il évoque aussi avec beaucoup de tact la maladie de son épouse qui l’a emportée. Cette « fidèle compagne qui vient encore [l]’habiter jour et nuit, plus vivante que jamais ». (C.M.)
François CHENG, On aurait pu se rencontrer, Paris, Albin Michel, 2026.
ENTRE DEUX CULTURES
« Tu nous appartiens. Même si tu quittes le pays, tu continues de nous appartenir. » Telle est la situation ressentie par Fadel, cadet d’une famille traditionnelle sénégalaise. « Et être cadet, c’est occuper une petite place dans l’ombre. » Il part néanmoins à Paris faire des études. « En France, j’étais un animal sauvage. Une sensibilité que je n’avais jamais su exprimer s’éveillait. Mais chaque retour au Sénégal me ramenait à une autre réalité, je redevenais quelqu’un d’autre. »Cruel combat que cet homme écartelé est amené à vivre : choisir entre deux cultures ou faire accepter sa dualité. Situation compliquée alors qu’il revendique le droit d’exister pour lui-même. (M.L.)
Abibou DIOUF, l’âge de déplaire, Paris, Albin Michel, 2026.
AMOUR EN CAMPAGNE
Dans la campagne du Morvan, rude pays de forêts et de marais, deux histoires d’amour parallèles, mais proches. En 1824, on suit la romance semée d’obstacles entre la fille du châtelain et un officier de santé qui cherche les remèdes aux maladies dues aux moustiques. En 2024, on lit l’aventure souvent similaire qui lie un auteur de bandes dessinées venu de Paris à une dame sous la coupe d’un mari rustre et violent. D’un chapitre à l’autre, on change de période. Plongée particulièrement intéressante dans le monde rural il y a deux siècles, celui de l’ignorance médicale, des privilèges de classe abusifs et de la lutte de femmes pour leur émancipation. (G.H.)
Serge JONCOUR, Une histoire d’amour, Paris, Albin Michel, 2026.

UN MONDE D’OISEAUX
L’auteur doit aimer les oiseaux pour en faire les magnifiques héros de cette trentaine de nouvelles de longueurs différentes rassemblées dans ce recueil. On y croise une hirondelle têtue migrant vers le nord, un oiseau qui refuse de chanter pour le prince dont il est captif, un corbeau contraint de cohabiter dans sa cage avec une huppe piégée malgré son 3e œil, un pouillot qui se prend pour un philosophe ou un rouge-gorge s’émouvant du supplice de Jésus sur la Croix. Dans les aventures de ces volatiles souvent malicieux racontées sous la forme de contes, avec humour et tendresse, les humains sont, quant à eux, cantonnés dans les marges. (M.P.)
Eric BRUCHER, Swallow et autres fables d’oiseaux, Bruxelles, Asmodée Edern, 2026.
SURVIVRE
Thomas, architecte quadra, a fui Paris et ses contraintes pour une masure déglinguée perdue dans les Alpes non loin de la frontière italienne. Où, avec la seule compagnie du chien qu’il a recueilli, il s’apprête à passer son premier hiver. Mais la nuit, il entend des voix toutes proches et, le matin, trouve des traces de pas. Et un jour, un homme blessé vient lui demander secours. Il découvre être sur le passage de migrants et le voilà pris dans un engrenage où sa vie est en jeu. Ce premier roman d’une écriture très sûre recrée un monde oppressant et inquiétant dans lequel le lecteur est emporté malgré lui avec délectation. (M.P.)
Alain LECHERBAULT, La frontière des silences, Bruxelles, Les Impressions nouvelles, 2026.

