Réservé aux abonnés : Croire sans s’enfermer

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Ils croient au même Dieu, mais pas de la même manière. Dans un échange épistolaire, Pierre Assouline, Éric-Emmanuel Schmitt et Abdennour Bidar interrogent leurs traditions, leurs doutes et leurs différences.

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Publié le

31 octobre 2026

· Mis à jour le

31 octobre 2026
couverture du livre

À l’heure où les religions sont souvent instrumentalisées pour dresser les hommes entre eux, trois croyants choisissent les mots plutôt que les armes. Grands connaisseurs de leurs textes sacrés et de ceux des autres, ils refusent de les prendre au pied de la lettre, lui préférant la hauteur de l’esprit. Leur correspondance rassemblée dans Un juif, un chrétien, un musulman : fraternels ou fratricides ? dessine une manière différente de croire, ouverte, inquiète et fraternelle.

GOÛT DE L’AUTRE

Depuis qu’il est devenu président du Festival de Grignan, qui célèbre la correspondance de Mme de Sévigné, Éric-Emmanuel Schmitt a initié des échanges épistolaires en écho au thème de l’année : En quête de sens et de sacré. Romancier et dramaturge installé à Gerpinnes, il a raconté dans plusieurs livres comment l’athée convaincu qu’il était a découvert la transcendance dans le désert, avant de rejoindre l’Église catholique. Pour ce dialogue à trois voix, il a invité Pierre Assouline, journaliste, romancier, membre de l’Académie Goncourt, homme de radio et juif avec lequel il entretient une amitié de longue date, et Abdennour Bidar, philosophe et essayiste français, défenseur d’un islam libéral et nourri de tradition soufie. 

Cet échange de lettres, écrites par chacun de son lieu de résidence durant trois mois au printemps 2025, pose la question des relations entre les croyants de trois grands monothéismes. La réponse de ces trois hommes, au regard de leur parcours, de leur amitié et de leur goût de l’autre, ne surprendra guère. Mais elle donne à penser pour tous ceux qui se déchirent en guerres meurtrières et qui s’enferment dans une vérité érigée en absolu. Bien sûr, « un livre ne change pas le monde, comme l’écrit Éric-Emmanuel Schmitt, mais il peut changer totalement un individu. » Et ce n’est déjà pas si mal.

AMOUR ET DOUTE

Dans le premier échange épistolaire où chacun détaille son rapport à sa religion, Éric-Emmanuel Schmitt explique que pour lui, être chrétien, c’est être enraciné à la fois dans la terre, l’histoire humaine, et dans le ciel, lieu de l’absolu et de l’origine qu’il appelle Dieu. S’il exècre tous les crimes qui ont pu être commis au nom de ce Dieu, depuis les bûchers de l’inquisition jusqu’à l’antisémitisme, en passant par toutes les formes d’intégrismes, c’est parce qu’il est convaincu que le christianisme est une religion de l’amour et que l’Église n’est pas toujours restée fidèle au message évangélique qu’elle proclame.

Pierre Assouline, lui, voit dans le judaïsme une école du doute. Heureux doute qui empêche de s’enfermer dans une seule interprétation de la Bible qui serait littérale. Depuis des siècles, les juifs ont fait du commentaire, du débat et de la controverse une véritable tradition intellectuelle. La foi inquiète et travaille le croyant. Une question n’est jamais close et « être juif, c’est hériter d’une fidélité sans en faire une forteresse. » Abdennour Bidar, enfin, se sent pleinement français et pleinement musulman. Il est persuadé que les valeurs républicaines de liberté, d’égalité, de fraternité, et les valeurs humanistes en général, sont en accord avec les principes métaphysiques de l’islam. Il déplore cependant que trop de musulmans l’ignorent, faute d’une formation suffisante puisque dans certaines familles ou certaines mosquées, la transmission se réduit à apprendre le Coran sans le comprendre et à répéter des règles sans jamais les interroger.

Alors quand ces trois-là abordent entre autres la place que leur religion laisse aux femmes et d’autres questions de société, on réalise combien ce livre fait du bien à notre temps.

Jean BAUWIN

Éric-Emmanuel SCHMITT, Pierre ASSOULINE, Abdennour BIDAR, Un juif, un chrétien, un musulman : fraternels ou fratricides ? Paris, Albin Michel, 2026.

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