David Mendez célèbre la vie en chantant

David Mendez célèbre la vie en chantant

Avec son projet Chicos y Mendez, présenté à l’Ancienne Belgique (Bruxelles) ce mois-ci, l’auteur-compositeur-interprète belgo-péruvien offre l’occasion à son public de découvrir ses nouvelles chansons dans un même « battement de cœurs ».

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Publié le

30 août 2026

· Mis à jour le

30 août 2026
Le chanteur David Mendez assis une guitare à côté de lui
© Geoffrey MEULI – David MENDEZ

Plein cœur de l’été au Centre Culturel de Sprimont. C’est là que David Mendez a emmené ses guitares pour répéter le nouveau spectacle qu’il jouera en septembre à l’Ancienne Belgique. Ce genre de prestation ne s’improvise pas. Tout doit être au point. Il faut peaufiner le moindre détail, reprendre chaque endroit où il reste la trace d’une hésitation, régler le son et la balance entre les instruments. Il aime particulièrement ce moment où les chansons prennent vie. Profitant d’une pause, il confie : « La résidence qu’on fait ici cette semaine est l’endroit où les chansons passent d’une idée, d’un enregistrement à quelque chose de vivant. Je ressens cela surtout quand on joue une chanson pour la première fois tous ensemble, avec l’équipe de musiciens. C’est génial. Elle prend vraiment corps. On y a pensé, on y a rêvé, et c’est enfin la naissance. On la découvre tout en la gardant encore un peu pour soi. Après, quand l’album sortira et qu’on les chantera en tournée, ces chansons ne seront plus à nous. Elles appartiendront au public. C’est bien sûr aussi cela qui me motive à faire ce métier : les moments partagés avec le public. C’est lui qui donne instantanément une tout autre dimension aux chansons. »

DES ÉTUDES D’ÉCONOMIE 

Même sans public, les chansons sont bien là, prêtes à être adoptées et reprises en chœur. Du moins le refrain, car la plupart des chansons sont écrites en espagnol, mais avec des mots que chacun peut comprendre rapidement comme « fuerza », « vida collectiva », « una communida ». « Quand j’écris une chanson, je prévois toujours que quelqu’un qui n’est pas hispanophone puisse avoir des chances de comprendre au moins son refrain. Après, si quelqu’un veut aller plus loin, il va sur le site où il achète le CD et il découvre les paroles. Mais pour moi, le plus important, c’est que le refrain soit compréhensible pour des non hispanophones et surtout que ce refrain ne soit pas trop compliqué à chanter. »

Au fil du temps, chanter est devenu pour David Mendez primordial même si ce n’était pas au départ une option, un plan de carrière. « Mes secondaires terminées, j’entreprends des études d’économie. À ce moment-là, je suis convaincu que si on veut changer la société dans un sens un peu plus désirable et solidaire, il vaut mieux connaître le système de ceux qui prônent l’individualisme et le repli sur soi. J’en conclus donc que le nerf de la guerre et de la lutte c’est l’économie, au grand dam de mon père philosophe et de ma mère sociologue. Ils se demandaient ce qu’ils avaient raté dans l’éducation de leur fils pour qu’il fasse l’économie, d’autant plus qu’à l’époque, celle enseignée était très loin de l’économie distributive. Je me souviens leur avoir dit : « Est-ce que vous trouvez que la sociologie, la philosophie vous ont permis de changer le monde ? » Les pauvres, je crois qu’ils ont fait tout ce qu’ils ont pu par ailleurs. »

UNE FONCTION SOCIALE

Économie, philosophie, sociologie, engagements dans des mouvements associatifs, présidence de la FEF (Fédération des étudiants francophones) et un passage au CNCD (Centre national de coopération au développement)… Il se souvient surtout des soirées passées dans le petit logement de ses parents où il découvre que « les chansons ont une fonction sociale pour les grands moments de joie comme pour les profonds moments de douleur. C’est une sorte de rituel que de passer un moment avec les gens où, le temps du concert, on va un peu mettre de côté le quotidien et vivre un moment d’échange, de sincérité, de transparence. D’ailleurs, les premiers souvenirs que j’ai comme des flashs qui me reviennent de mon enfance, c’est un salon minuscule avec des guitares et plein de gens qui chantent. C’était, je crois, la manière pour mes parents de ne pas se rappeler à quel point le quotidien était difficile ».

« Ils avaient dû quitter le Pérou à cause de leur engagement politique et étaient doctorants à l’UCL avec seulement une bourse pour deux pour faire vivre quatre personnes, ma sœur née là-bas et moi ici. Ma tante était en prison où elle est restée cinq ans et demi. Ce n’était vraiment pas simple. Mais ces années-là, je n’ai pas du tout ressenti de la tristesse ou de la difficulté parce que la musique faisait partie intégrante du quotidien. Personne n’était vraiment musicien, mais elle était un lieu de socialisation. On chantait on dansait comme on mange et on respire. Ce sont des moments comme ceux-là qui m’ont permis de vouloir un jour prendre une guitare et apprendre à en jouer parce qu’il n’y avait pas cette pression de la performance. Pour moi, l’art et la culture, ce n’est pas quelque chose d’esthétique ou de performatif, ou qui doit être de facto complexe. » Tout naturellement, dans ses textes, se retrouvent ses voyages, ses rencontres, l’engagement politique au Pérou de ses parents ou un hommage à son père, ce « Papa Senior Mendez » disparu tragiquement. Et la pièce de théâtre Recordar qu’il interprète en dialogue avec sa sœur comprend aussi des chansons.

MULTIBELGICAL

Chez lui, il n’y aura jamais de pensée unique car ses racines sont des rhizomes. Il se sent profondément “multibelgical”. « J’ai un ancrage très fort avec le Pérou et l’Amérique latine et tout aussi fort avec la Belgique. Même s’il pourrait faire mieux à plein d’égards, j’ai pour ce pays de la reconnaissance et de la loyauté. Mes parents étaient très reconnaissants de cela. Malgré tous ses défauts, la Belgique nous a accueillis. Elle a donné l’asile politique à ma tante à sa sortie de prison au Pérou. Et c’est parce que je l’aime que je suis exigeant avec elle et que je me permets de manifester, de la critiquer ou d’écrire parfois des cartes blanches. J’ai un immense attachement à elle, et aussi au Pérou. C’est vrai, mes racines sont multiples, mais bizarrement, je me sens 100% belge et 100% péruvien. »

La pause se termine. Il faut se remettre au travail. Avant cela, une dernière confidence : « À l’Ancienne Belgique, ça va être incroyable. Il y aura une invitée spéciale, Renata Flores, une chanteuse péruvienne qui chante en quechua. Je pense qu’il faut s’attendre à un beau moment de grande célébration de l’existence. Toujours avec cette idée « latidose » qui représente le battement du cœur et le titre du nouvel album. Ce sera la fête de la vie. Un moment particulier de fragilité aussi parce ce qu’on va jouer de nouveaux morceaux. Je crois que dans la vie, en fait, il faut mélanger rigueur et punk. La rigueur, c’est ce qu’on fait maintenant en répétant, le punk, ce sera sur scène. Punk plus rigueur égale magie. »

Christian MERVEILLE

Chicos Y Mendez, le 19/09, Ancienne Belgique, bd Anspach 110, 1000 Bruxelles.  abconcerts.be/fr/chicosymendez.com

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