HOMMAGE À CAPA
Alors qu’une exposition sur ce seul photographe présent lors du débarquement le 6 juin 44 est à voir à Paris jusqu’en décembre, voici réunis une soixantaine de clichés en noir et blanc du grand André Friedmann, né en 1938 à Budapest, alias Robert Capa. Avec Henri Cartier-Bresson et d’autres, il a fondé l’agence Magnum en hommage aux bouteilles de Champagne vidées pour fêter des succès. Alors qu’il n’aimait pas la guerre, il a couvert celles d’Espagne et d’Indochine au cours de laquelle il est mort tragiquement en 1954. Dans son introduction, le journaliste et écrivain Jean Lacouture retrace l’existence de ce réfugié devenu amoureux de Paris. (J.Bd.)
Robert CAPA, Photo Poche, Arles, Actes Sud, 2026.
TÉMOIN DES VIVANTS
Sorte de carnet de campagne d’une reporter de guerre qui a couvert bien des conflits, ce livre lève le voile sur ce métier particulier qui côtoie la violence. Avec sincérité, ce récit écrit avec le cœur offre le témoignage du quotidien à la fois des journalistes sur place et de la population victime du conflit, avec ce constat que « les journalistes sont des passeurs, pas des sauveurs ». Il ouvre ainsi un voile sur la frustration de ces témoins qui doivent en « une minute quinze » résumer des situations qu’ils vivent, minés par « cette incapacité (…) à mieux porter la voix » de ceux qu’ils laissent derrière et dont le visage les hante. (C.M.)
Claude GUIBAL, Ce que la guerre fait aux hommes, Paris, Albin Michel, 2026.
AU-DELÀ D’UNE PRÉSENCE
La mort de son mari, le romancier new-yorkais Paul Auster, a contraint Siri Hustvedt à vivre dans « une maison hantée par le fantôme de ce “nous” que Paul et moi avons formé ensemble » et à « pleurer la manière qu’avait le ET de me faire sentir dans le monde ». Elle partage ce qu’a été la vie quotidienne de ce couple mythique d’écrivains pour qui écrire était une manière particulière d’être ensemble au monde. Ce livre est la chronique du temps qui passe, qui n’efface pas la présence, mais qui tente d’accueillir « l’instant présent qui étouffe le chagrin ». Une profonde déclaration d’amour, le récit des traces laissées qui sont autant de messages à décrypter pour rester liés avec l’être perdu. (C.M.)
Siri HUSTVEDT, Ghost stories, Paris, Gallimard, 2026.
LA MÉTAPHORE D’AMÉLIE
Que se passe-t-il lorsqu’un être accapare celui qui s’en occupe au point de presque le dévorer ? Sur le mode d’un conte (ou d’une parabole ?) moderne, le dernier roman d’Amélie Nothomb aborde le sujet par la tangente. Et s’inscrit ainsi, sans vraiment le dire, dans l’actuel courant sociétal dénonçant des emprises jusqu’à présent tolérées ou niées. Le titre de l’œuvre peut directement mettre la puce à l’oreille du lecteur, et l’auteur glisse elle-même, à un moment donné, une clé de lecture qui permet de comprendre au moins une part de la métaphore sur laquelle repose l’ouvrage. Si le livre se lit très aisément, c’est en laissant reposer qu’il donne à penser. (F.A.)
Amélie NOTHOMB, L’adolescence du perroquet, Paris, Albin Michel, 2026.
PRISONNIERS D’UNE APPLI
Les réseaux sociaux exercent une influence incontestable sur les adolescents. Une appli peut même avoir sur certains un pouvoir terrifiant. Cette histoire, dont le décor est le lycée le plus huppé de Milan, ne peut empêcher son lecteur de se sentir mal à l’aise, tant il peut imaginer que ce qui n’est ici “que” un thriller fictionnel n’aurait pas besoin de grand-chose pour devenir réalité. Nora, jeune enseignante, y mène l’enquête suite à la disparition d’une élève et au poids qu’une appli fait peser sur sa classe. Mais au-delà des résultats de ses recherches, c’est le mécanisme qui aura mené à ce drame qui interpelle dans ce premier roman d’un scénariste italien : et si cela pouvait être vrai ? (F.A.)
Alberto VIGNATI, Hedonia, Paris, Seuil – Cadre noir, 2026.
DERNIÈRE HALTE
Larry Parker a quitté une métropole pour un bled paumé du Midwest américain de quelque 4400 âmes, Bridge Town, où il vit seul dans un ranch avec son chien. C’est ici que cet auteur d’un livre culte, qui a détruit sa vie dans l’alcool et le tabac, a choisi de passer ses derniers mois sur terre. Il se lie avec l’accorte servante du diner, avec le libraire trop heureux d’accueillir une star nationale et avec quelques autres locaux, tout en s’intéressant à un étrange fait divers survenu peu auparavant. Un excellent roman, précis et réaliste, à l’écriture rigoureuse et qui happe le lecteur de bout en bout, dont l’auteur n’est pas Américain mais… Belge ! Chapeau ! (M.P.)
Marc Van STAEN, Les derniers jours de Larry Parker, Sion, 180e éditions, 2026.
